‹ Marcel (volume 2)Chapitre 77 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

médiocre influence. Le riche citadin trouve dans les raffinements de la civilisation un refuge assuré contre les assauts de l'ennui, et les merveilles de l'art le consolent des rigueurs du climat. Pour lui , le changement des saisons n'amène que la diversité des jouissances. Que peut-il regretter des beaux jours quand viennent les mauvais?

N'a-t-il pas l'harmonie des musiques savantes pour lui faire oublier le gazouillement des oiseaux? La magie des décorations théâtrales ne supplée-t-elle pas à l'absence des lointains horizons et des perspectives pittoresques? Qu'importent, en face des lustres étincelantSj les Iroides ténèbres des longues nuits? Et les humbles fleurs des champs obtiendront-elles seulenientun souvenir aumilieu de l'atmosphère enivraiite des fêtes? Ils peuvent, ces heureux de la terre, attendre sans inquiétude le retour du printemps.

Le monde ne leur laissera pas la peine de vivre avec eux-mêmes et par eux-mêmes, lourde tâche ! et leurs loisirs ne suffiront

pas aux distractions qui en sollicitent l'emploi.

En coniact immédiat et perpétuel avec la nature, l'habitant des campagnes an contraire reçoit le contre-coup de toutes ses variations. Le cercle de sa vie se rétrécit avec la durée des jours. L'hiver est pour lui une sévère et inévitable réalité. H le voit s'avancer comme un conquérant ennemi, envahir ses champs et assiéger sa maison. Plus de doux repos sur le tapis des gazons, plus de vagues rêveries au bord des ruisseaux , plus de longues promenades h l'ombre des bois. La terre semble une morte sous un linceul de neige; la bise meurtrit de ses rafales glacées le flanc nu des collines ; les arbres amaigris grelottent sous les givres ; épuisé et malade, le soleil mesure la lumière avec avarice et refuse la chaleur. L'homme est obligé de demander au foyer domesti(|ue un abri contre l'inclémence du ciel, et de renfermer toute son existence entre quatre murailles. Sa famille devient

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