TROISIÈME PARTIE. m
pour lui le monde. Il n'a plus, pour épancher son activité, que l'échange des pensées et le commerce des affections. L'absence des plaisirs rend le bonheur nécessaire.
Aussi ne saurait-on trop le plaindre, celui que ne rapproche pas de ses compagnons le doux attrait de la sympathie ! Cette communauté de vie, consolation de ceux qui aiment, n'est plus pour lui qu'un long supplice. Il porte comme une chaîne la nécessité d'un perpétuel tête-à-tête, et trouve une prison dans son asile.
Pour la première fois, Marcel vit avec terreur s'approcher l'époque qui devait le condamner à la réclusion. L'embarras était trop grand de soutenir durant tout le jour la présence de sa tante et do sa cousine. Comment leur cacher son chagrin? Comment supporter le spectacle de leur désolation ?
11 chercha un moyen pour échapper à cette pénible situation, et ne trouva rien de
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mieux que la chasse. Madame Hubert, dont la rëpuguance fut vaincue par les conseils de l'abbé Pascal, ne s'opposa pas aux desseins du jeune homme, qui s'associa, sans plus tarder, aux expéditions de M. Jacquin. Il trouvait dans la l'atigiie des longues marches un soulagement à son inquiétude physique, et dans l'excitation de la poursuite un aiguillon à la morne apathie de son âme. Ce ne fut pas sans émotion qu'il lira son premier coup de fusil, et la vue de sa première victime le lit reculer d'horreur; mais peu à peu il s'habitua à la vue du sang, et finit par trouver une sorte de plaisir fiévreux dans l'œuvre de la destruction. Il y a dans l'homme un instinct féroce qui le pousse à faire porter, n'importe à qui, n'importe à quoi, la peine de ses souffrances, et le malheur endurcit.
L'hiver amène du Nord sur les côtes de la Bretagne de grandes migrations d'oiseaux, eïders , pingouins, cormorans, et vingt autres espèces; mais les plus remar-