TROISIÈME PARTIE
de moment en moment. Au contraire, la violence de ses adversaires semblait augmenter avec la durée du combat. Enfin, Marcel le renversa d'un coup terrible, et, le voyant se débattre encore à terre, se mit à redoubler avec une sorte de rage.
— Un ennemi h terre! s'écria avec indignation le commandant qui venait d'arriver, comment peux- tu le frapper ainsi? C'est abominable. Achève-le, mais ne le massacre pas.
Et joignant le fait h la parole, il termina d'un coup de fusil l'agonie du pauvre cygne.
Les reproches de M. Jacquin avaient jeté Marcel dans une profonde stupeur. Tout à coup il sembla s'éveiller d'un rêve, et d'une voix douloureuse :
— O mon Dieu! s'écria-t-il , je suis devenu méchant!
M. Jacquin le regarda d'un air étonné; et, le voyant en proie à un véritable chagrin, il chercha à le consoler de son mieux.
— Allons! allons! lui dit-il en lui pre-
nant la main , il ne faut pas te désoler pour ça, mon garçon. Je n'ai pas eu l'intention de te faire de la peine, moi. Après tout, ce n'est pas la mort d'un homme que la mort d'un oiseau, et...
— Merci de votre compassion, commandant, interrompit Marcel en repoussant doucement son vieil ami; mais je ne la mérite pas. Je crois vraiment que je n'ai i)lus de cœur. Il y a quelque temps, j'ai battu mon chien qui voulait me caresser; aujourd'hui j'ai tué, j'ai massacré cet innocent oiseau, uniquement pour le plaisir de luer et de massacrer. Pauvre c;ygne ! Venu de si loin avec ses compagnons, avec sa famille, pour se faire assassiner par un fou furieux ! Peut-être , au moment où ma balle la frappé, cherchait-il de la nourriture pour sa femelle et pour ses petits, et sa femelle et ses petits l'attendront en vain. Et ce sera ma faute. Ah! vous avez raison, commandant, c'est une mauvaise action, et elle me portera malheur.