TROISIÈME PARTIE
M. Jacquiu allait répondre; Marcel ne lui eii laissa pas le temps.
— Peu importe. Tout ce que je désire, c'est que ma mère et Eugénie ne sachent rien de ce qui vient de se passer. Si elles le savaient, elles nie haïraient. Vous me promettez de ne pas leur en parler, n'est-ce pas, commandant?
— Certainement, parhleu! Mais ne vastu pas maintenant te monter la tête à propos d'une bagatelle! Que diable! quand on a dans la main un lusil, c'est pour s'en servir.
— Aussi n'en porterai-je plus un de ma vie. Voici le vôtre, commandant. Je vous remercie. J'ai chassé aujourd'hui pour la dernière fois.
Il s'éloigna malgré les instances de M. Jacquin, et prit tout pensif le chemin de la Mai son -Fleurie.
Cet incident parut avoir opéré dans son esprit une révolution salutaire. Le soir, contre sou habitude, il vint au salon, où
tout le monde se trouvait réuni. II avait l'air ému, et parut prendre intérêt h la con versation. S'il parla peu lui-même, ce lui du moins avec douceur. Sa tristesse avait quelque chose de calme et de tendre. Vers la fin de la soirée, il pria Eugénie de laire de la musique. Comme elle le regardait avec une expression de doute :
— Oui, reprit-il, je te prie de use faire un peu de musique ; il y a long-temps que je n'en ai entendu : cela me fera du bien. Veux-tu?
Elle alla sans répondre s'asseoir au piano, et se mit à préluder. Elle préluda \oiy^~ temps, ne trouvant aucun air à jouer. L'émotion lui ôtait la mémoire. Personne ne disait mot. Chacun luttait en soi-même, et cherchait à contenir son cœur.
Tout à coup Marcel se leva, courut à sa cousine, et, lui jetant les deux bras autour du cou :
— Laisse faire, ma chère Eugénie, lui