TROISIÈME PARTIE. m
mon devoir de vous donner cet avis, et je crois que c'est le vôtre, madame, d'en tenir compte.
Habituée h s'incliner devant l'autorité du curé, madame Hubert ne pouvait manquer de se rendre à une aussi lortnelle injonction. Elle dompta l'enlraînement de son émotion et donna le signal de la retraite. Les deux jeunes gens se séparèrent après avoir échangé ce Iraternel baiser du bon soir, hélas! oublié depuis si long-temps.
A partir de ce jour, la Maison-Fleurie prit un aspect moins désolé. La tristesse y régnait encore, mais non plus le déses})oir. Tout en déplorant le passé, tout en souffrant du préseiU , on connnençait à sourire à lavenir.
Marcel avait compris l'ingratitude de son isolement, et il sentit le besoin d'ennoblir son malheur en lui enlevant sa tache d'égoïsmc. S'il ne réussissait pas à vaincre sa niélancolie , il arrivait du moins à triompher de son indifférence. Il reprenait peu
à peu ses anciennes liabiludi^s, et tempérait par la douceur de ses i'açons l'invincible opiniâtreté de son silence. Il semblait s'empresser de rendre à sa famille ce qu'il possédait encore de lui-même.
Comme le prisonnier pour qui la moindre échappée du ciel est une magnifique perspective, Eugénie et sa mère trouvaient dans ce léger retour d'atfection des consolations ineffables. Par une de ces exagérations de confiance, familières à ceux qui ne connaissent pas bien les déceptions de la vie, elles doraient une pâle réalité de tout l'éclat de leurs illusions, et l'atténuation do l'infortune devenait à leurs yeux la promesse et le commencement même du bonheur.
Il va sans dire que la naïve bonhomie du commandant s'associait h toutes leurs espérances. Il précipitait même, dans Fimpatience de son amitié, la marche des événements, et croyait h des résultats du lendemain.