TROISIÈME PARTIE
jeune homme dans ses bonnes résolutions, en lui prouvant que tout était fini du côté des amourettes, et qu'il n'y fallait plus penser.
Et puis chacun a son faible. Le faible de M. Jacquin , c'était un culte exagéré de l'honneur. Cela allait chez lui jusqu'à la superstition et au fanatisme. En faisant appel à sa loyauté, on était sûr d'en obtenir tout ce que l'on en voulait. Une fois monté sur ce dada, on pouvait le mener au bout du monde.
Il ne pouvait, sans une grossière indiscrétion, renvoyer une lettre qui n'était pas signée. Il ne pouvait, sans trahir la confiance qu'on avait eue en lui, la garder ni la détruire. Que faire donc, sinon remplir son message? C'est à ce parti qu'il s'arrêta.
Il fit venir Marcel au Domaine, s'enferma avec lui, et montrant la mystérieuse lettre :
' — ^' A^oilà, dit-il, ce dont je suis rhar^é pour toi. Motus.
,492 iyiARCEL.
— Chargé par qui? demanda Marcel avec éloiinenient.
— Tu vas probablement le voir. Quanl à moi, je n'en sais positivement rien. Uemarque que je dis positivement. H esl possible en effet que j'aie des soupçons; mais, quant à être certain de quelque chose, je ne suis certain de rien. Ainsi, l'on ne pourra d'aucune manière m' accuser d'avoir agi en parfaite connaissance de cause.,
Après avoir abrité sa conscience derrière ce préambule casuistique, le vieux militaire lendit la lettre à Marcel, qui la prit d'une main tremblante et lut ce qui suit :
« Mon cœur est trop plein, il faut qu'il » s'épanche. Voilà quatre mois que j'étoufl'e, » que je souffre en silence, il faut que je crie. » Et vers qui éleverai-je ma voix, si ce n'est » vers celui qui esl l'objet de toutes mes » pensées et la cause de mes chagrms ? » Peut-être refuserez-vous encore de m'en- » tendre. Peut-être détournerez-vous les )) yeux de mon souvenir, comme vous avez