TROISIEME PARTIE
» naguère repoussé mes mains suppliantes. » Mais qu'importe? Je suis accoutumée à » vos mépris. Le besoin de votre pitié, l'es- » pérance d'une larme, que je payerais de » mon sang, me feront aisément braver ce » danger et supporter cette douleur. Eh! » que parlé -je de douleur? Cette fois je ne » suis pas exposée à voir le coup qui peut » me frapper, et, quoi que soit le sort réservé » h celte lettre qui emporte mon âme, dus- » siez-vous la jeter au feu sans la lire, ou » la fouler aux pieds après l'avoir lue , je » ne serai pas témoin de vos duretés, et il » me restera au moins la consolation du » doute. Cependant laissez-moi vous prier )) d'être un moment bon pour moi, comme » vous l'êtes toujours pour tout le monde. » Prenez pitié de mes larmes, et accordeza moi un instant, un instant de patience; » c'est la dernière fois que je vous impor- » tune.
» Qu'ai-je ii vous dire? Tout et rien. Si » vous me demandiez le but de cette lettre, u. 13
» je ne pourrais vous répondre ; et cepen- )) dant je n'en finirais pas si je voulais vous » raconter toutes mes pensées. De mes dé- » sirs, je n'en parle pas : c'est l'impossible. >) Qu'ont à se communiquer, au moment )) d'une longue séparation, deux amis qui » ont toujours vécu ensemble? Bien peu de )) choses, n'est-ce pas? Pourtant ils sentent » le besoin de passer ensemble le dernier » jour et la dernière nuit; et, durant de ') longues heures, ils ne cessent d'échanger » ces paroles de l'intimité, si inutiles et si )) nécessaires, et dont les divagations attei- » gnent si directement l'objet. Eh bien ! » je crois, je sais vous avoir assez aimé » pour avoir droit aux confidences de )) l'heure suprême, et je veux célébrer en » liberté cette funèbre fête de l'adieu. Adieu » éternel, hélas! Vous l'avez voulu. Depuis » si long-temps que vous avez prononcé ma )) condamnation, pas un mot n'est venu me » relever de ma déchéance. Je ne m'en » plains pas. Vous étiez dans votre droit.