‹ Marcel (volume 2)Chapitre 89 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

» possible , cette justification que je ne vou- )> lais même pas tenter? Qui vous dit qu'une » fatale erreur, que la crainte d'un grand » danger, que bien des causes puissantes et » cachées, que des considérations inexpli- » cables n'étaient pas là pour anéantir ou )) du moins atténuer une faute qui vous » semblait monstrueuse? Cinq minutes d'enw tretien, et tout était peut-être changé. » L'avenir de deux existences perdu pour » si peu! — Deux existences? Non. Il ne » s'agit, Dieu merci ! que de la mienne. La » vôtre n'est pas condamnée aux douleurs » de l'isolement. Vous avez une mère, vous, » Marcel ; vous avez de vrais amis , vous » vous créerez un autre amour ; et , tandis » que vous resterez la pensée et le regret » de toute ma vie, je ne serai dans la vôtre » qu'un souvenir de jeunesse. Tant mieux! » tant mieux! qu'il n'y en ait qu'un de nous » deux h souffrir, et que ce soit moi. Je » me console à moitié eu songeant au bon- » heur qui vous est réservé.

» Adieu, mon bieii-aimé ! Oh ! laissez-moi » vous nommer ainsi une dernière fois. On » ne repousse pas la prière des mourants, » et ce mot c'est le cri suprême d'un amour » à l'agonie. Adieu, mon bien-aimé! Saluez » pour moi ces bords où se sont écoulés » mes plus beaux jours et que je ne verrai » plus, cette patrie à jamais perdue de mon » bonheur. Brûlez cette lettre et jetez-en » les cendres à l'endroit où vous m'avez » sauvée et où vous auriez dû me lais- » ser périr. Que le berceau de notre al- » fection en devienne la ion)be. Quelque » bizarre que vous paraisse ce vœu , soyez » assez bon pour n'en pas refuser l'exécu- » lion à celle qui vous aime , vous pleure » et vous bénit. »

Cette longue lettre, pleine de retours, d'inconséquences et de contradictions, et qui semblait écrite au courant de la pensée, abandonnée h tous les hasards de l'inspiration, cette lettre avait jjouleversé Marcel.

La passion est double comme Janus, et

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