TROISIÈME PARTIE
regarde à la fois la paix et la guerre. Tour à tour violente et faible, irritable et patiente, orgueilleuse et humble, farouche et tendre, implacable et miséricordieuse, excessive toujours, elle se jette sans cesse d'une extrémité dans une autre et se plaît aux contrastes.
Depuis long-temps déjà rassasié d'amertume, le cœur du jeune homme aspirait à des sentiments plus doux. Une révolution soudaine y remplaça la haine par la pitié et la colère par l'attendrissement. Les organisations aimantes portent mal la fatigue des longues rancunes, et laissent peu à peu le mal se perdre dans l'éloignement du passé pour ne plus voir que le bien. Dans la joie que lui causait le retour de sa maîtresse, Marcel oublia sa trahison et ne se souvint plus que de son amour à lui. Ces souffrances qu'elle disait avoir endurées, il s'étonna d'avoir pu les caus(M\ Il se représentait Agathe attendant pendant tant de jours, pendant tant de mois , ce mot pardon qui
n'était pas vomi, et il s'indignait contre luimême. Il se reprochait sa dureté, et doutait même de sa justice. Peut-être en effet était-elle moins coupable, la pauvre femme, qu'il ne se l'était imaginé; peut-être ne l'était-elle même pas du tout : d'ailleurs le fût-elle, et cent fois, qu'était-ce que l'amour sans la compassion? Et n'avait-elle pas bien mérité son pardon, celle qui baisait en s'inclinant la main qui l'avait si rudement frappée?
La tête baissée , les yeux attachés sur la flamme du foyer, Marcel versait des larmes silencieuses. M. Jacquin le considéra lonp;temps avec inquiétude, sans oser interrompre sa rêverie. Enfin, voyant que l'émotion du jeune homme, au lieu de se calmer, augmentait de moment en moment, il voulut y faire diversion.
— Hé bien! Marcel, lui dit-il de sa plus grosse voix pour dissimuler une anxiété dont il n'était pas le maître, à quoi pensestu donc de me laisser me morfondre dans