‹ Marcel (volume 2)Chapitre 95 sur 128 · TROISIÈME PARTIE. ÊH · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. ÊH

dénégation; puis, faisant im violent effort sur lui-même, il s'éloigna et gagna sa chambre.

Il n'essaya pas même de dormir, et passa une nuit terrible en proie à la plus violente agitation, aux irrésolutions les plus poignantes. Vingt lois il fut sur le point d'aller éveiller madame Hubert et de se jeter dans ses bras en lui disant : « Pardonnez -moi, ma mère, et sauvez -moi de moi-même! » Et toujours la passion, plus forte, vint terrasser la conscience. Horrible lutte dans laquelle faillitpérir la raison du jeune homme ! Les heures passaient une à une, lentes, solennelles, lugubres, sonnant le temps d'une voix plaintive , semblables à un cortège de pleureuses accompagnant un cercueil. Enfin le moment vint où il fallait rester ou partir : Marcel se leva convulsÉvement, prit un petit paquet qu'il avait préparé dès le commencement de la nuit, et sortit de sa chand)r(^, non sans avoir jeté derrière lui un long regard plein de vegrets. Il traversa

lu.

iil MARCEL.

le corridor d'un pied furtif et tremblant; le moindre bruit lui faisait peur. Arrivé devant la porte de l'appartement où dormaient madame Hubert et Eugénie , i! s'agenouilla et pria. — O mon Dieu , pensa-t-il , protégez-les à l'heure du réveil ! — Il se leva après avoir baisé le seuil, continua sa route, et arriva dans le jardin sans avoir été vu ni entendu de personne.

Il faisait encore nuit ; la neige tombait à gros flocons, couvrant la terre et voilant le ciel ; un morne silence régnait dans la campagne. Marcel l'rissonna de tristesse et d'épouvante ; il se retourna vers la maison et lui envoya des baisers : un secret pressentiment lui disait qu'il ne la reverrait plus et que cet adieu était un adieu éternel. '

Il persista néanmoins et se dirigea vers la porte du jardin; il avançait sans entendre le bruit de ses pas amortis par la neige, et il était paifois tenté de se prendre pour son propre fantôme erraiU sur l'ombré d'une terre morte. Il lut tiré de ses sombres

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