‹ Marcel (volume 2)Chapitre 97 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

l'abbé Pascal ; eh bien ! je vais vous le dire, moi : vous allez à Paris, vous allez au malheur, vous allez au crime.

Marcel releva la tête avec vivacité.

— Oui, au crime! répéta l'abbé Pascal d'une voix plus forte : vous le savez bien vous-même; la preuve, c'est que vous m'avez menti hier, c'est que vous vous enfuyez aujourd'hui : et il n'y a que les malfaiteurs qui se cachent.

Marcel restait atterré sous ces foudroyantes paroles. L'abbé Pascal continua :

— Ne vous rappelez-vous donc plus mon histoire, ou supposez-vous que je mente aussi, moi? Non, votre cœur vous crie que j'ai dit vrai, et vous vous souvenez de tout. Quelle est donc la folie de votre orgueil? Vous figurez-vous que l'on se jetle impunément dans les abîmes ou que Dieu fera un miracle tout exprès pour vous? Ne vous flattez pas d'une telle espérance ; Dieu garde sa clémence aux bons et ne sauve pas ceux qui veulent se perdre. Si vous commencez

comme moi , vous finirez comme moi , et plus coupable encore : moi, je n'ai eu personne pour m'arrêter sur !a pente fatale des passions, personne pour me rappeler au devoir; et vous avez devant vous un homme, un prêtre, un ami, qui vous prie, qui vous ordonne, qui vous conjure de ne pas vous perdre, et avec vous ceux qui vous aiment. Je vous le dis une dernière fois, Marcel : au nom de l'honneur, au nom delà religion, au nom de l'amitié que je vous porte, au nom de votre famille, arrêtez-vous!

En prononçant ces mots, l'abbé Pascal s'était mis à genoux, et il levait vers Marcel des bras suppliants ; mais , voyant à l'immobilité silencieuse du jeune homme que tout espoir était perdu, il se redressa de toute la hauteur de sa grande taille, et, tendant le bras vers l'horizon :

— Puisque rien ne peut vaincre votre obstination et votre endurcissement, je ne vous reliens plus et vous laisse la route libre : allez où vous appelle notre mauvais

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