‹ MarcelChapitre 103 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

connaître que j'aurais pu être aussi bien diplomate que militaire. Laissez-moi aller.

Tout ce que je vous demande , c'est de ne faire semblant de rien. Si nous prenions des airs rébarbatifs , on pourrait se douter de quelque chose. Ce ne serait pas adroit , et la gaieté du dîner en souffrirait. Il ne faut donc pas avoir l'air de nous être concertés.

Arrivé à la fm de sa singulière harangue, M. Jacquin se remit à marcher en se frottant les mains d'un air on ne peut plus satisfait. Le curé chercha vainement à pénétrer ses intentions. Le vieux militaire , après s'être quelque temps renfermé dans un silence opiniâtre, prit le parti, pour échapper à la fois aux questions de son ami et à sa propre envie de parler, d'aller donner un dernier coup d'oeil aux apprêts du dîner. Il s'excusa donc sur ses devoirs de maître de maison, et laissa le curé se promener seul dans le jardin. Celui-ci se résigna, non sans inquiétude , à attendre l'événement.

Les convives arivèrent k rheure dite, et l'on se mit à table. M. Jacquin plaça madame de Terray à sa droite, madame Hubert a sa gauche , l'abbé Pascal entre Eugénie et sa mère, et Marcel entre la comtesse et sa tante; Le dîner fut long, splendide et trèsgai. Le commandant eh témoigna sa joie.

— Il n'y a, ajouta- t-il, que l'abbé et Tabbesse, — c'était le surnom qu'il avait donné à Eugénie, — il n'y a que l'abbé et l'abbesse qui restent graves comme des moines. Mais c'est leur état : ainsi, il ne faut pas îéur en vouloir. Je suis content des autres. Seulement, on ne boit pas assez. Marcel, verse encore un verre de Champagne à ta voisine, à tes voisines, veux-je dire. C'est le vin des dames.

Marcel s'empressa d'obéir. Mais Agathe, continuant les taquineries dont elle l'avait rendu victime durant tout le repas , dérangea son verre au moment où il inclinait la boutteille^ lui fit répandre le vin sur la nappe, puis le traita de maladroit, sans qu'il cher-

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