‹ MarcelChapitre 105 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'abbé devint livide, et ses yeux lancèrent des éclairs. Mais il se remit aussitôt , et, sans dire une parole, choqua son verre contre celui de la comtesse. Celle-ci lui fit une petite inclinaison gracieusement ironique, et tourna ensuite vers sa tante un regard triomphant.

— Voilà, dit M. Jacquin, en ayant l'air de peser chacun de ses mots , un repas de réunion assez agréable, je m'en flatte. C'est maintenant votre tour, ma chère voisine. A quand le repas de noce?

— Quelle noce ? fit madame Hubert interdite.

— Eh! parbleu! la noce de nos jeunes gens , répondit-il en montrant Marcel et Eugénie. Quand les marions-nous?

— Mais, repartit madame Hubert avec une vive contrariété , il n'en a jamais été question.

— Avec eux , je ne dis pas ; mais entre nous 5 si fait. Il me sen^ble même qu'il est temps de les en avertir, si on veut leur

laisser quelques mois pour s'accoulumer à cette idée. Cela devait se faire, si je ne me trompe, quand ils auraient chacun vingt ans, et...

— Je vous en prie, mon cher monsieur Jacquin , plus un mot là-dessus. Vous me faites beaucoup de peine.

— Pourtant...

— Ah! de grâce, brisons là.

tJn malaise général s'empara des assistants. Madame Hubert et Eugénie tenaient leurs yeux baissés pour cacher leur embarras. L'abbé regardait le commandant d'un air triste et presque sévère. Qu'avez-vous fait? semblait-il lui dire. Marcel, tour à tour rouge et pâle, promenait ses regards au plafond, n'osant les arrêter sur personne. La comtesse jouait avec son couteau à dessert, en souriant d'un âir contraint. Il n'y avait pas jusqu'à la marquise qui ne parût quelque peu déconcertée.

Quant au commandant, loin de se reprocher sa singulière sortie, il se félicitait in-

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