DEUXIÈME PARTIE
térieurement de ce qu'il regardait comme un coup de maître.
— J'avais bien calculé mon tir^ se dit- il à lui-même, la bombe a produit son effet.
Après quelques instants d'un silence pénible pour tout le monde , excepté pour M. Jacquin, madame Hubert se leva de table ; Eugénie et l'abbé imitèrent son exemple, et tous trois ensemble gagnèrent le jardin. Marcel n'osait ni rester, de péui" d'offenser sa mère , ni sortir , de peur de déplaire à Agathe. llseleVa lentement, plia sa serviette avec soin, comme si elle eût dû lui resservir, regarda à plusieurs reprises Agathe, pour lui demander uti conseil muet, et, voyant qu'elle ne semblait pas faire la moindre atteiition à lui, finit par se diriger du côté de la pofte. Au moment où il mettait le pied sur le seuil, il s'arrêta en entendant M. Jacquin reprendre la parole.
— Eh bien ! mesdames , concevez-vous quelque chose à la mauvaise humeur de madame Hubert? Y a-t il de l'inconvetiance
à parler devant ces jeunes gens d'un mariage arrêté depuis des années, et auquel rien ne peut s'opposer? Qu'en dites-vous?
— Pour ma part, je n'en trouve aucune, répondit la comtesse d'un ton moqueur; monsieur Marcel et mademoiselle Eugénie se conviennent parfaitement; c'est un couple charmant et qui fera, j'en suis sûre, bon ménage. On ne pouvait leur annoncer trop tôt leur bonheur.
Marcel , en entendant ces paroles, fut obligé de s'appuyer contre le mur de la porte pour ne pas tomber, tant fut violente la douleur qu'il ressentit.
— Très-bien ! se dit M. Jacquin, elle prend son parti en brave; j'ai réussi plus vite encore que je ne l'espérais. — Et il ajouta à haute voix : — Allons, si vous le voulez bien, mesdames, rejoindre la compagnie dans le jardin. Je ne veux pas laisser croire à madame Hubert que je suis resté ici à bouder ou à boire.
11 offrit son bras aux dames et sortit avec