DEUXIÈME PARTIE
— Je fie suis ni froide ni indifférente à votre égard. Vous êtes un excellent jeune homme, plein de bonnes qualités. Je vous porte beaucoup d'estime et d'amitié. Vous concevez que je ne puis ni ne dois vous témoigner d'autres sentiments. Ce n'est donc pas de cela que vous pouvez vous plaindre. Ce qui vous étonne sans doute, c'est que je vous montre depuis un moment moins de familiarité. Rien de plus naturel cependant et de plus convenable. Je croyais que mademoiselle Eugénie était votre sœur, et alors il était impossible qu'elle se formalisât en aucune façon de la liberté, peut-être trop grande, de mes manières avec vous. Mais maintenant que je sais que vous devez l'épouser, c'est une autre affaire. Je ne voudrais en quoi que ce soit altérer la bonne harmonie qui doit régner entre vous, ni compromettre votre prochain bonheur, Il faut donc que je m'impose désormais plus de réserve à votre égard. Tout m'en fait d'ailleurs une obligation. Je pouvais bien
traiter sans conséquence un adolescent; mais un homme qui va se marier, c'est différent.
Marcel resta un moment atterré sous les coups réitérés de cette impitoyable raillerie. C'était son cœur qui souffrait , et non son amour-propre. Les jeunes gens, qui ont tant de vanité en toutes «choses, n'en ont pas en amour. Mais bientôt un rayon d'espoir traversa son chagrin.
— Si rien ne changeait de mon côté, s'écria-t-il , rien ne changerait-il du vôtre ?
— Que voulez-vous dire? répondit Agathe d'un air étonné.
— Je n'épouserai jamais Eugénie.
— Vrai?
— Je vous le jure.
— A la bonne heure !
— Mais vous?...
Il hésita quelque temps, comme si la * force lui manquait pour achever, puis il ajouta d'une voix basse et tremblante :
— M'aifnerez-vous?