DEUXIÈME PARTIE
— Au Domaine 5 sous Tallée des tilleuls. Il y eut un moment de silence. La jeune
femme semblait hésiter entre des sentiments divers; mais bientôt elle parut avoir pris son parti, se laissa mollement retomber sur la causeuse et reprit d'un ton dégagé :
— Alors 5 vous devez savoir que je Faime aussi ?
L'abbé fut à son tour étourdi de cette audacieuse repartie ; on eût dit un duel où deux habiles adversaires se surprennent successivement par des coups imprévus.
Mais, grâce au calme que sa volonté imprimait sur sa physionomie, le prêtre put donner à son trouble l'apparence de la réflexion, et recommencer la lutte sans désavantage marqué. 'n'
— Je sais du moins, madame , réponditil après une courte pause , que vous le lui avez dit.
— La distinction est singulière, je dirais même, si elle venait d'un autre que de vous^ monsieur le curé, impertinente.
^If MARCEL.
— P^riJon, jpadame; in^\^ j'aimç encore jniei^x , lorsqu'il faut choisir , douter de la sincérité d'y ne femme que de sa vertu ; et jj*î:(bsoudrai plus facilefuent ujq mensonge qw'un adultère.
Si J'^jt^é pe 3'était pas attendu à une h^r- 4jig^^ ^i effr.oîitée; la comtesse, de son côté, ne s'attendait pas à une sévérité si brutale. E}).e j^tt^quait à cqups de poignard, mais pï\ ripostait à coups de massue.
— Un adultère ! s'écria- t-elle d'un air profondément blessé.
— Quel autre noip , répondit l'abbé avec le plus grand sang-froid, peut-on donner à Tajupur d'un^ fegimi? Pariée pour un autre (pe sQw mari? .'
— Mais si cet amour n'e^^iste qu'en peft^ sée?
ifj« — Qu^ ce soit en pensée ou en action, la faute est la même, madame.
— Alors, je n'ai plus rien à perdre. Je vous remercie de me l'avoir appris.
-n fif^Ç yw}^?iryW8 dire, madame? dj^
DEUXIÈB^E PARTIE. ^^
mapda avec une sorte d'effroi l'abbé, qui n'avait pas prévu une pareille conclusion.
— Mon Dieu! rien que de très-simple, répliqua la con)tesse en souriant. Il paraît qi^e j'ai violé , sans le vouloir et sans m'en douter 5 toutes les !ois de la morale , et je ïjf^ vois mise du ipême coup au ban de la jiqstice J^iiipajne et à celui 4e la justice (}ivinie; j^ n^ puis donc^ qpoi qu'il arrive, j^i faire pis, iji m'exposer davantage, et je troi^ve à la fois la liberté dans la grapdeur même de ma faute, et la sécurité dans l'excès de ma peine.
— Mais vous ne me comprenez pas, mad^j^, s'çcria le prêtre avec feu, ou plutpt Yipus ne yoijle^ pag iAe .comprendre. Je n'^ p^^ VjWl^ dire...
.,,,^ Je ne sais pa3 ce que vous avez voulu d(ire, monsieur le curé ; je m'en tiens à ce que voi?s avez dit.
JL'abbé garda un moment le silence , en pr^^i.e h une spurde agitation; puis il rqprit :
parti pris de manquer à tous vos devoirs?
— Quels devoirs ?
— Devoirs de toute espèce, madame :
devoirs envers vous-même et envers les autres, devoirs de religion, d'honnêteté, d'honneur, de reconnaissance.
— Bon Dieu ! quel déluge ! Tâchons de nous en tirer. Vous avez dit, d'abord, devoirs envers moi-même. Mais s'il me plaît de ne pas les remplir , cela ne regarde que moi. Je gouverne ma vie à mes risques et périls. Tant pis pour moi si je fais fausse route. Et d'ailleurs, qu'ai-je à redouter? les flammes de l'enfer? je n'y crois pas, ni vous non plus. -— Ah ! pardon ; je ne voulais pas vous offenser. Je vous ai, il est vrai , entendu parler de quelque chose de semblable dans votre sermon d'hier; mais je croyais que cela se disait en style théologique, comme on dit, en style épistolaire , j'ai l'honneur d'être votre très-humble serviteur. Je me suis trompée ; agréez de nouveau mes excuses. — De quoi parlions-nous