DEUXIÈME PARTIE
— Vous doutez donc de la constance de son amour ?
— Non^ madame; mais je suis certain de la légèreté du vôtre.
— Vous avez tort de juger de l'avenir par le passé : la grandeur des sentiments varie suivant la valeur des individus auxquels ils s'adressent.
L'abbé ne répondit rien à cette sanglante impertinence.
C'est un spectacle à la fois curieux et désolant de voir un être redoutable par la vigueur et le courage, puissant par la pensée, respectable par le caractère et la position, impunément bravé, insulté, frappé par un autre qui lui est inférieur, ou plutôt contraire , sous tous les rapports , et qui puise son audace dans sa lâcheté même , et sa force dans sa faiblesse.
La comtesse s'était arrêtée, comme pour mieux juger de la portée du dernier coup qu'elle venait de frapper, comme pour mieux jouir de la colère ou de la douleur de son
adversaire. Trouvant sans doulo qu'elle n'avait pas produit assez d'effet, elle redoubla :
— D'ailleurs, votre prédiction vînt-elle à se réaliser, Marcel ferait comme tout le monde, il se consolerait.
— Et s'il ne se consolait pas , madame ?
— Eh bien ! alors, il aurait toujours la ressource des cas désespérés... il se ferait prêtre.
Le curé baissa la tête, et parut se livrer à lui-même un rude combat. La comtesse suivait d'un regard avide tous ses mouvements, espérant toujours le voir éclater. Son attente fat encore une fois trompée. Il releva la tête, et, d'un air grave et pénétré :
— Dieu m'est témoin, dit-il, madame, que j'étais venu ici dans des dispositions toutes pacifiques.
— Singulière paix! s'écria la comtesse en l'interrompant, à laquelle vous avez pré-