DEUXIÈME PARTIE
eu les confessant, et j'espère que Dieu me tiendra compte de mon sacrifice.
— La religion ainsi interprétée est, il faut l'avouer, un admirable instrument pour l'égoïsme. Se faire du bien en faisant du mal aux autres, quoi de plus commode?
— C'est vous, madame, qui me forcez à vous attaquer.
— J*ai honte pour vous, monsieur, d'être obligée de vous rappeler qu'il est de ces choses que rien ni personne ne peuvent forcer à faire; qu'il n'est jamais, dans aucun cas, permis à un homme bien élevé de compromettre une femme qui s'est fiée à son honneur, et que le secret des intimilés doit être inviolable comme la pierre des tombeaux.
— Madame, en me séparant du monde, j'ai renoncé à ses idées et à ses lois, pour ne plus obéir qu'aux inspirations de ma conscience et aux devoirs de mon sacré ministère.
— J'ignorais que, pour devenir hoirime
(l'église, il fallût cesser d'être homme de cœur.
— Que Dieu nous jwge, madame, et punisse celui qui fait mal !
En disant ces mots, l'abbé se leva, salua et se dirigea vers la porte. Plus effrayée de sa menace qu'elle ne l'avait laissé paraître , la comtesse voulut entrer en pourparlers.
— C'est votre dernier mot? dit-elle avec une anxiété qu'elle chercha à cacher sous un air d'insouciance railleuse.
L'abbé s'inclina sans répondre.
— Ainsi, continua-t-elle en souriant avec quelque contrainte, vous ne laissez au pécheur aucune chance de salut?
— Pardonnez - moi , madame. Ce sera avec un profond regret, et sous le coup d'une impérieuse nécessité seulement, que je me déciderai à vous accuser; ce serait avec la joie la plus vive que je vous promettrais, si vous m'en donniez le moyen,