DEUXIÈME PARTIE
Je me taire toujours, comme je me suis tu jusqu'ici.
— Quelles conditions mettriez-vous à votre silence?
— Une seule. Vous quitterez ce pays pour jamais...
— Pour jamais?
— Pour jamais et a Finstant même.
— Eh bien! je veux, moi aussi, taire preuve de bonne volonté. Je consens à ce que vous me proposez...
— Dieu soit loué!
— Si vous voulez m'accorder seulement quelques jours.
— C'est impossible , madame. Pas un jour, pas une minute.
— Mais pensez-y donc, monsieur l'abbé ! un départ aussi précipité aurait l'air d'une fuite et en ferait plus soupçonner que vous n'en pourriez dire.
L'abbé secoua la tête négativement.
— Quelques jours, reprit-elle sans se
décourager, ce n'est rien pour vous; pour moi, c'est presque l'honneur.
Elle continua quelque temps sur ce ton, trouvant des raisons , des prétextes , des impossibilités de toute sorte. Mais l'abbé fut inflexible.
— Voulez-vous partir à Tinstant même?
lui dit-il, quand elle eut fini de parler : le voulez-vous, oui ou non?
La comtesse hésita un moment. Puis se levant avec vivacité :
— Eh bien ! non, répondit-elle, je ne veux pas.
— Adieu donc, madame, dit le prêtre en saluant de nouveau.
Et il gagna la porte.
— Un mot encore, reprit la comtesse, le dernier, soyez tranquille. Ne croyez pas que je me trompe sur le motif qui vous fait agir. Ce n'est pas le zèle du prêtre, c'est la rancune de l'amant.
L'abbé se retourna d'un bond, pâle, tremblant de tous ses membres , les dents