DEUXIÈME PARTIE
serréeSj les lèvres convulsivement enlr'ouvertes, les yeux injectés de sang, le regard terrible. On eût dit un tigre prêt à s'élancer sur sa proie. La comtesse recula épouvantée. Mais, au bout d'une seconde, l'abbé avait déjà repris son calme.
— Merci , madame , dit-il d'une voix douce, en levant les yeux au ciel.
Et il sortit. La comtesse, remise de sa frayeur comme lui de sa colère, tint à honneur de le braver jusqu'au bout.
— Bonne chance , monsieur l'abbé , lui dit-elle, avant qu'il eût refermé la porte derrière lui. Au plaisir de vous revoir.
Quelques instants après, elle se rendit dans la chambre de sa tante, à laquelle elle avait promis le compte-rendu de !a conférence.
— Eh bien ! fit madame de Terray avec l'air du plus vif intérêt en la voyant entrer, quelles nouvelles ?
— L'affaire a été chaude , répondit la comtesse avec un orgueilleux sourire; mais
l'ennemi a été repoussé avec perte , et je vous réponds qu'il ne chantera pas de Te Deum, pour cette fois du moins. Je crois même que cette première rencontre l'aura à jamais dégoûté du système des assauts, et qu'il changera de tactique. C'est par la mine qu'il va désormais nous attaquer. Mais nous avons le bonheur de n'être pas tout h fait étrangère à la science des sièges : nous verrons à conlre-miner de notre côtéj et nous ferons de notre mieux pour qu'on ne gagne rien à ce nouveau genre d'opérations.
La vieille dame exhiba son éternel sourire, mais ne répondit rien. Elle conspirait d'intention avec l'ennemi dont parlait la comtesse, et s'affligeait de la victoire que celle-ci se vantait d'avoir remportée. Son bien-être était engagé dans la lutte aussi bien que le bonheur de la famille Hubert, et elle désirait vivement un résultat qui assurât sa propre tranquillité, sans s'inquiéter d'ailleurs de ce qu'il pourrait causer de
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peine à sa nièce ou de salislactioa à des étrangers.
— ^ Ah ! l'on me pousse à bout, reprit la comtesseen sepromeûanlà grands pas dans la chambre; eh bien! l'on verra. Je ne pensais assurément pas à mal ; mais on m'y conduit et l'on m'y réduit à force de soupçons et de contrariétés. Que l'on nous connaît donc mal, nous autres femmes ! Notre mère Èvè n*aurait jamais touché à la pomme si on ne le lui eût pas défendu . Marcel n'était pour moi qu'un camarade , un jeune frère ; s'il devient autre chose, ce ne sera pas ma faute, mais la vôtre.
?i* — La nôtre? dit madame de Terray d'un air scandalisé.
— La vôtre à tous! oui, à tous ! répondit avec vivacité la jeime femme. N'est-ce pas vous , ma tante , qui , la première , m'avez parlé de cette liaison à laquelle je n'aurais jamais songé , et qui m'en avez donné l'idée en me montrant qu'elle était possible? Tout le monde a travaillé à me perdre, et,
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si je me perds, loiit le monde m'accusera, Mais peu m'importe! je saurai tenir tête, à l'orage; je ne fléchirai le geiioa devant Topinion de personne ; je ne donnerai à i personne le spectacle, si désiré peut-être^ de mes remords; et, mettant tiout mon;,bonr heur dans mon amoui:, toute ma gloire jdans ma franchise^ je. trouverai, dans la profondeur même de l'abîme oi^i je serai tombée,, un asile contre les clameurs de ceux qui m!y auront poussée. . . ci. ^yj ; . : - ^.U.était évident que la comtesse cherchait à justifier d'avance à ses yeux une faute qu'elle était décidée à commettre. La, marr quise connaissait trop le monde pour ne pas savoir que certaines natures deviennent d'autant plus irritables lèt dangereuses qu'elles se sentent coupables, et qu'eu les contrariant on risque de l€s pousser aux dernières extrémités , comme ces voleurs qui assassinent ceux qui les prennent en flagrant délit. Elle pensa que la comtesse se lassera it bientôt d'une lutte où elle ne trou