DEUXIEME PARTIE
verait pas d'adversaires , et que , abandonnée à elle-même, son exaltation ne tarderait pas à se consumer, faute d'aliment. Elle ne répliqua donc rien.
Elle avait deviné juste. Agathe, ennuyée de discuter, pour ainsi dire, contre ellemême et de s'agiter dans le vide, se calma peu à peu. Après avoir fait en silence quelques tours dans la chambre , elle s'arrêta devant une fenêtre et se mit à regarder l'horizon en tambourinant des doigts sur les vitres. La vue de la mer donna un nouveau cours à ses pensées, et elle sortit pour aller se mettre au piano. Son départ rendit à sa tante sa liberté de pensée et d'action.
— Je crains décidément, dit-elle en hochant la tête , que tout ne soit perdu. Barjols arriverait maintenant trop tard, et je ne serais pas étonnée qu'avant huit jours les deux jeunes tourtereaux eussent pris leur vol pour l'autre bout du monde. Je n'aurai du moins rien à me reprocher : j'ai assez averti tout le
inonde; ce qui n'empêche pas que je serai la première punie de cette équipée contre laquelle j'aurai lutté de mon mieux. Voilà cependant comment les choses se passent ici -bas.
Et la vieille dame , plongée dans une morne tristesse, se mit à faire les réflexions les plus philosophiques sur les vicissitudes humaines , sur l'injustice du sort et sur le désagrément de n'avoir pas cent mille livres de rente.
Le curé s'éloignait de son côté, lame pleine de tristes pensées. En sortant du château, il rencontra Marcel qui y entrait. A sa vue^ le jeune homme s'arrêta interdit et tremblant. Le prêtre feignit de ne pas remarquer son trouble et lui dit avec calme :
— Je suis bien aise de vous rencontrer, mon enfant; j'ai à vous parler. Venez avec moi au presbytère.
— Je ne demanderais pas mieux, mon-