DEUXIÈME PARTIE
l'ordinaire. Nos pensées et nos sentiments sont un prisme à travers lequel nous voyons les objets extérieurs, et Marcel était en proie à une vive anxiété. La rencontre qu'il avait faite du curé à la porte même d'Agathe, son air grave et préoccupé, l'entretien qu'il lui avait demandé avec tant d'instance, ou plutôt imposé avec tant d'autorité, le soin qu'il prenait de ne pas le laisser interrompre, tout faisait craindre au jeune homme une longue et pénible explication, tout lui présageait d'austères conseils et peut-être de dures remontrances. Bien qu'il ne crût le prêtre informé de rien, il craignait qu'il sût tout. Les idées les plus contraires se croisaient dans son cerveau. Son cœur, agité par la lutte tumultueuse de ses sentiments, ressemblait à une mer bouleversée par la tempête, où les flots roulent au hasard les uns sur les autres et se confondent en se heurtant. Tous ses désirs de la veille se changeaient en regrets, toutes ses espérances en craintes,
toutes ses joies en remords. Il était d'autant plus inquiet qu'il ne connaissait pas au juste rétendue ni la nature du danger qui le menaçait, et son imagination, comme celle de tous les jeunes gens, dépassait la réalité.
Un condamné à mort n'entend pas avec plus de terreur les pas du bourreau qui s'approche qu'il n'entendit ceux du curé qui revenait. Il était plus mort que vif quand il le vit entrer. Mais son effroi diminua bientôt. Le prêtre avait l'air plus triste qu'irrité, et ce fut d'une voix douce qu'il lui dit :
— Asseyez-vous , mon enfant, et causons.
Et comme il vit que le jeune homme , quoiqu'à moitié remis de sa frayeur, tremblait encore :
— Allons ! ajouta-t-il avec un mélancolique sourire, rassurez - vous , mon cher Marcel ; vous n'avez pas affaire à un juge, mais à un ami. Il n'y a pas ici de guet-a-