DEUXIEME PARTIE. 27i
pens; soyez tranquille. Si je vous ai amené et enfermé ici seul avec moi, ce n'est point pour vous prodiguer plus à mon aise le reproche et la menace, mais tout simplement pour m'entre tenir en toute liber lé avec vous de vos devoirs et de votre bonheur. Je vais tâcher d'éclairer votre conscience et de vous guider par mes conseils dans la voie dangereuse où votre ignorance vous a engagé. Si je vous afflige, ce sera involontairement. Pardonnez-moi donc d'avance toute parole qui pourrait vous blesser ; dans ce que je dirai, ne faites attention qu'à ce qui peut vous être utile, et ne voyez partout que ma bonne intention,
Marcel, qui s'attendait à une sévère réprimande, fut étrangement surpris et profondément touché de ce langage indulgent et affectueux. Le curé s'aperçut de son étonnement et devina son émotion :
— Vous me trouvez, n'est-ce pas? dit-il, bien différent aujourd'hui de ce que j'étais hier, et vous avez peine à concilier ensem-
blc mes deux manières de vous parler.
C'est qu'hier j'étais le prêtre parlant au nom du Dieu juste dans la chaire de vérité, et qu'aujourd'hui je ne suis plus qu'un homme faible et éprouvé comme vous, mon enfant, qui sait compatir aux misères qu'il a partagées.
La surprise et l'émotion de Marcel augmenièrent encore en entendant l'abbé s'accuser de faiblesses que jamais rien n'avait fait soupçonner en lui, en le voyant se mettre humblement au niveau de celui qu'il dominait de toute la hauteur de sa position et de son caractère. Mais il ne trouva pas une parole pour exprimer sa pensée. Le curé, de son côtéj semblait réfléchir à la manière dont il entamerait la question. Au bout d'un moment de silence , il entra brusquement en matière.
— Je sais tout, dit-il, tout ce qui s'est passé entre madame de Bar j ois et vous.
Marcel anéanti continua à garder le silence.