DEUXIÈME PARTIE
— Je ne vous reproche pas votre entraînement, reprit le curé; je le conçois, je Texcuse même jusqu'à un certain point.
Personne, en mon absence, ne pouvait vous avertir ni vous défendre du péril. Mais il faut mettre un terme à ce dangereux enfantillage.
Marcel baissa la tête avec confusion.
— Si l'on n'y coupait court, continua le curé, il pourrait dégénérer en passion criminelle.
A ce mot, Marcel releva vivement la tête.
— Doublement criminelle, ajouta le curé en le regardant fixement; car vous ne pourriez pousser plus loin cette liaison avec madame de Barjols, sans la faire manquer à tous ses devoirs, sans manquer vous-même à tous les vôtres.
Marcel ressemblait à ces hommes à la fois timides et courageux qui évitent le combat tant qu'il n'est pas nécessaire , mais qui ne reculent plus d'un pas une fois que l'honneur est engagé. Il avait jusqu'alors gardé
\e silence, pioilié par honte, moitié par déférence pour l'abbé Pascal. Mais il sentit qn'îl s'agis3îiit (lésormms de l'avenir et de la diguilé de son amour, et, triomphant de $on émotion, il prit aussitôt le parti de le défendre contre toutes les attaques.
— Pardonnez-moi, monsieur le curé, ditil d'une voix qui s'affermit peu k peu, mais je ne crois pas qu'il y ait là autant de mal que vous le pensez.
Le curé ne se trompa point un instant sur la portée de ces simples paroles. Le jeune homme ne niait rien, et ne se repentait de rien. Il fallait que son amour fût déjà bien fort pour lui donner tant de résolution. Cette pensée affligea vivement le prêtre, mais sans le décourager.
— Vous n'ignorez pas , mon enfant , reprit-il avec gravité, que madame de Barjols est mariée, et qu'une femme mariée...
— Mais moi, interrompit vivement Marcel qui ne trouvait rien à dire pour disculper la comtesse, je suis libre.