‹ MarcelChapitre 127 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

sion avec laquelle elles avaient été prononcées, impressionnèrent vivement Marcel, qui s'arrêta et se mit à considérer le curé d'un air étonné et inquiet. Celui ci se promenait à son tour avec agitation. Bientôt il parut faire un violent effort sur lui-même, et levant les yeux au ciel :

— nie faut, dit-il avec un profond soupir. Puisque mes conseils ne peuvent vous éclairer, puisque vous résistez à mes prières et à mes remontrances, il faut que je tâche de vous convaincre et de vous arrêter par mon exemple. Je vais vous raconter l'histoire de ma jeunesse, histoire à la fois bien commune et bien triste, qui vous montrera à quelles fautes, à quels malheurs entraînent ces passions dans lesquelles vous vous jetez en aveugle. Il me sera, à coup sur, bien pénible de remuer ces cendres d'un passé plein de douleurs et de remords; et peut-être vais-je commettre une grande imprudence en me dépouillant à vos yeux du manteau sacerdotal pour revêtir le ciliée

MAKCEL.

du péniicnt. Mais j'espère que Dieu pardonnera au prêtre en faveur de sa bonne in* lention, et que vous, Marcel, vous saurez à lami quelque gré de son dévouement. Du reste, si vous croyez, après m'a voir entendu, me devoir un peu de reconnaissance, je ne vous en demande d'autre preuve que de mettre à profit l'enseignement de mes erreurs. — Maintenant, asseyez - vous , et écoutez-moi.

Le jeune homme obéit en silence ; et le curé , après une légère pause , commença son récit.

— Il y a, dit-il, pour les commencements, quelque ressemblance entre nos deux jeunesses; puissent-elles ne pas finir de même! J'avais, comme vous, perdu mon père dès mes premières années ; il m'était resté, comme à vous, une mère bonne et sainte entre toutes les femmes. Elle ne vivait que pour moi. De mon côté, je lui portais un amour qui allait jusqu'à l'adoration. Je ne me rappelle pas lui avoir fait une seule fois de îa peine volontairement, et elle me rendait ce témoignage, dont j'étais heureux

et fier, qu'elle n'aurait pas pu demander à Dieu un meilleur fils que moi. J'étais, disaitelle, sa récompense et sa consolation. Car elle avait beaucoup souffert et soulfrait encore. Nous étions devenus , de très riches , très pauvres. Ma mère, accoutumée au luxe, avait été obligée, depuis la mort de mon père , de se soumettre aux plus dures privations. Il ne nous restait qu'un bien mince capital, et ma mère, pour subvenir aux frais de l'éducation libérale qu'elle avait tenu à me donner, économisait à mon insu jusque sur le nécessaire. Sa santé en reçut de graves atteintes; mais je ne le sus que plus tard , quand j'eus étudié la médecine. J'étais trop jeune alors pour rien remarquer, et elle ne se plaignait jamais. C'était une femme de la même nature qu'Eugénie.

Quand j'eus terminé mes études classiques, ma mère me mit au fait de notre situation précaire, et m'engagea à choisir promptement un état , me laissant du reste toute liberté, me promettant même de m'ai-

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