DEUXIÈME PARTIE
tous les renseignemenls qu'elle désirait. Il était, selon lui, possible à un étudiant, pourvu qu'il se résignât a une vie frugale et sévèrement réglée, de faire face avec mille francs aux dépenses de chaque année, frais de livres, d'inscriptions et d'exalïiens compris.
Ma mère revint, pleine de joie, m'apporter ces nouvelles. Elle avait encore une dizaine de mille francs. En en prenant quatre mille pour mes quatre années d'études, il lui en restait assez, d'après son calcul, pour pourvoir à ses propres besoins pendant le même espace de temps , et pour nous assurer en outre deux années d'existence à partir de l'époque de mon retour. Elle pensait avec raison que cet espace de temps me serait et nécessaire et suffisant pour me commencer une clientelîe. Maintenant, ajouta-t-elle, tout dépendait de mon courage et de mon travail. Je n'eus pas besoin d'en entendre davantage pour comprendre toute la gravité de ma position et
toute retendue de mes devoirs. J'allai prendre les instructions et les conseils du digne médecin, à qui je fis à la fois mes adieux et mes remerciements, j'embrassai ma mère, et je partis pous* l*aris.
Ma mère ne m'avait adressé aucune recommandation, je ne lui avais fait aucune promesse. Elle aurait cru me faire injure en me rappelant les obligations que j'avais à remplir, et tout conseil lui eût semblé un iloute. Moi , de mon côte, je pensais qu'il valait m^ieux manifester ma bonne volonté par des actions que par des paroles.
Ma conduite , je puis le dire , répondit dignement a mon espoir et a sa confiance. Pendant les quatre années que je passai dans cette ville immense, pleine de distractions, déplaisirs, d'enivrements, de séductions de toute sorte , je ne perdis pas une heure, je ne gaspillai pas un sou.
Pauvrement vêtu, misérablement logé, ne m'accordant qu'une nourriture a peine suffisante, je trouvais moyen d'économiser
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encore sur les prévisions de ma mère. Me couchanl lard, toujours levé avant le soleil, tantôt suivant les professeurs dans les hôpitaux , tantôt les écoutant au pied de leur chaire, tantôt disséquant dans les amphithéâtres, tantôt penché sur mes livres , je consacrais au travail toutes mes journées et une partie de mes nuits. La vigueur de mon tempérament me permettait de supporter sans maladie ce rude et incessant labeur , et mon cœur trouvait une profonde jouissance dans l'intensité même de mes efforts. La seule distraction que je me permisse , c'était, pendant les dimanches de la belle saison, une promenade de quelques heures dans les bois des environs; et encore j'en profitais pour herboriser.
Ce n'est pas que je n'éprouvasse parfois de terribles tentations. Mon organisation était trop forte pour n'être pas exposée à de violents orages. Indifférent aux privations, peu désireux de jouissances d'un certain ordre, j'expiais durement mon stoï-
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cisiuc matériel par le développement de ma sensibilité morale. Deux idées, denx sentiments, deux passions vivaient, bouillonnaient , brûlaient en moi comme deux volcans, toujours prêts a faire éruption, — fambition et Tamour. Quand je lisais un de ces grands livres qui remuent la pensée de toute une génération ; quand j'entendais tin de ces professeurs illustres, aux leçons desquels on court ainsi qu'à des fêtes , prononcer, avec l'autorité des supériorités reconnues , des paroles toujours écoutées avec une attention respectueuse et recueillies avec un zèle avide ; quand je les voyais déployer , au milieu de l'admiration universelle, les trésors de leur science, alors, saisi d'enthousiasme, je me jetais par là pensée dans d'immenses entreprises ; je bâtissais dans ma tête le plan de travaux gigantesques , atin de pouvoir un jour , à mon tour, écrire mon nom sur les tables immortelles de l'esprit humain, et m'asseoir parmi les royautés de l'intelligence, le front cou-