‹ MarcelChapitre 133 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

quelque chose de profondément touchant dans l'attendrissement de cette austère physionomie. Marcel , surpris d'une aussi vive manifestation de sensibilité, contemplait avec une respectueuse compassion cet homme qu'il avait toujours vu jusque-là si grave et si calme.

Au bout de quelques minutes, l'abbé Pascal, redevenu maître de lui-même, reprit son récit :

— A chaque voyage , je remarquais une certaine altération dans la sanlé de ma mère, une certaine diminution dans ses forces. Elle avait beau m'assurer qu'elle menait une vie douce et tranquille, je voyais bien qu'elle avait souffert pendant l'année qui venait de s'écouler, et je craignais que ce ne fut pas seulement du chagrin de mon absence, mais encore de la fatigue des privations. Elle ne voulait jamais me dire combien elle avait dépensé durant les dix mois de sa solitude ^ mais il était évident qu'elle n'aurait pu suffire, avec les faibles ressources qui

ié» MARCEL.

lui restaient, au traiu que prenait la maison pendant mes deux mois de séjour.

Ainsi, exerçant l'un vis-à-vis de l'autre une généreuse tromperie , nous nous dissimulions mutuellement nos sacrifices et l'exagération de notre économie. Mais ma mère n'avait pas la même force que moi pour supporter la gêne. Il fallait donc me hâter si je voulais me fixer près d'elle à temps pour la sauver. Cette pensée me donnait une recrudescence de courage, et je retournais chaque année à Paris plus fort contre mes passions et plus zélé pour mes études. Ma résolution et ma persévérance portèrent leurs fruits. D'éclatants succès couronnèrent mes travaux. A la suite d'examens plus heureiix les uns que les autres, je soutins une thèse brillante, et je fus reçu docteur aux applaudissements unanimes de mes juges. Je revins dans mon pays précédé d'une incontestable réputation de capacité. J'embrassai ma mère avec une joie plus grande encore que les autres fois, avec

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