DEUXIÈME PARTIE
canique à laquelle j'étais condamné, et je jetais des regards désolés sur ces routes qu'il me fallait parcourir périodiquement comme un cheval de diligence. Mais je me consolais bientôt en voyant ma mère revenir à la santé, sous la double influence du bien»être physique et moral, et renaître chaque jour à la vie.
Mes agitations intérieures diminuèrent même peu à peu de violence, et finirent par s'apaiser tout à fait. Je me façonnais, comme tout le monde, au joug de l'habitude, et j'apprenais à le subir sans murmure et sans souffrance. Si puissanle, si exceptionnelle que soit une organisation, elle ne peut se défendre bien long-temps des impressions extérieures. Elle est obligée de se mettre, bon gré mal gré, en rapport avec le milieu où elle se trouve , et arrive, par un travail plus ou moins lent, mais irrésistible et fatal , à s'harmoniser avec les idées et les habitudes environnantes. C'est à peine souvent s'il lui reste
le souvonir de ses tendances priniilives cl la force de regretter sa déchéance. Je voyais tout le monde mener autour de moi une vie tellement positive et monotone, que j'en étais quelquefois venu k me demander s'il y avait autre chose ici-bas que des devoirs et des intérêts, si l'homme avait besoin de penser et de sentir, et si le désir des émotions ti'était pas une maladie de l'âme. Toujours est-il que je me laissai insensiblement entraîner à la pente que suivait tout le monde, et à imiter sans effort et comme d'instinct l'exemple général. Je n'étais peut-être pas heureux; mais qui peut dire en ce moiide où réside le bonheur et de quel nom il s'appelle? Ne devrait on pas être satisfait de son sort et élever à Dieu un cœur plein de reconnaissance quand on a obtenu en partage la tranquillité de l'esprit et le calme de la conscience ?
Peut-être, mon cher Marcel, m'écoutezvous avec surprise et avec une sorte de