‹ MarcelChapitre 136 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE. èèS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. èèS

désappoinleoieiit; peut-être trouvez -vous qu'an lieu d'une confession que je vous avais promise c'est un panégyrique que je vous donne, et que je me vante plus que je ne m'accuse ? Attendez. Si je me ^iiis étendu sur ces premières années de ma jeunesse, qui en sont aussi les meilleures ; si je semble étaler avec complaisance à vos yeux et ma piété filiale et ma résignation, c'est pour mieux vous faire détester les fautes qui vinrent ternir les quelques vertus dont je faisais preuve alors ; c'est pour vous mieux montrer dans quel abîme et de quelle hauteur le vertige des passions peut nous faire tomber.

0 misère du cœur humain, dont un grain de sable suffit pour tronblor la séréîiilé et renverser Péquilibre !

Un jour, au milieu de mes courses, je rencontrai dans une route écartée une jeune fille qui se promenait à cheval , vêtue en amazone. Elle n'était accompagnée de personne. A Paris ou dans ses environs, cela eût

pu sembler étrange et inconvenant; mais au fond de nos tranquilles campagnes, où tout le monde se connaît, où l'on vit sous Fœil toujours ouvert de la surveillance publique, où l'austérité des mœurs diminue d'ailleurs les dangers de la solitude que la longueur des distances et la diversité des occupations rendent souvent nécessaire, personne ne pouvait trouver là matière à un blâme ou seulement à une observation. De plus, à Faisance et à l'aplomb avec lesquels celte jeune fille conduisait son cheval, il était facile de se convaincre qu'elle ne courait aucini péril el ii'avait besoin de personne pour la proléger.

En passant près d'elle, je vis qu'elle était charmante. Elle appju tenait évidemment au type parisien, el i.k> rappela tout d'abord ces fe aunes dont la vue m'avait jeté dans un troLsble si violent et m'avait inspiré de si folles imaginations. Son aspect éveilla en moi comme an éciio des orages passés; mais je ne laissai rien paraître de mon émotion, et

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je conliiinai tranquillement ma roule. Fut-ce la raison, fut ce l'orgueil qui contint ma curiosité? Je ne sais. Toujours est-il que je ne tournai pas une fois la tête en arrière pendant le reste du trajet.

Cependant je fus toute la journée préoccupé de cette rencontre. Quelle était cette jeune fille? Par quelle circonstance se trouvait elle amenée dans ce pays? Elle était sans doute arrivée depuis peu de temps, puisque je ne l'avais pas encore rencon Irée dans mes excursions? Je m'adressai vingt fois ces questions, et je me livrai, pour les résoudre, à mille suppositions contradictoires. Le soir j'y songeais encore, et je m'endormis plus tard qu'à l'ordinaire. Mais la nuit dissipa l'agitation qui commençait k s'emparer de mes sens. Le lendemain, en m'éveillant, je me prouvai, par un raisonnement bien simple, que cette rencontre n'avait rien d'extraordinaire , et, ne devant en aucune façon influer sur ma destinée, devait cesser d'occuper nvd

ponséo. Et, on elîet, jn n'y pnnsai pins."

Mais le hasard, ou plutôt une désastreuse fatalité, devait bientôt me remettre en face de cette femme. Ah! pourquoi ne suis-je pas mort avant de l'avoir revue ! i

L'abbé Pascal s'arrêta de nouveau et se cacha la tête dans les mains. Marcel n'osa troubler par aucune parole une douleur qui paraissait si âpre. • ^

Au bout de quelques instants, i'abbé releva la tête et reprit : «

— Nous demeurions à une extrémité de la ville, sur le bord d'un chemin. Nous avions im petit jardin que je prenais plaisir à soigner dans mes moments de loisir.

L'Écriture a raison de le dire, un roi dans toute sa magnificence est moins bien vêtu que le lys des champs. Les fleurs sont à coup sûr un des plus précieux dons que la Divinité ait accordés à l'homme. On dirait que 5 durant l'élaboration de cet immense univers, tandis qu'elle faisait, par l'harmonieuse diversité de ses rayonnements, cir-

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