‹ MarcelChapitre 138 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

s'étjolant aux premières atteintes de l'hiver, éllevS semblent se dépouiller de leur parure pour prendre le deuil de tout ce qui meurt autour d'elles, et ne renaissent aux pompes de la vie qu'avec les espérances du printemps. Tour à tour tristes ou gaies suivant le temps, elles frémissent à l'approche des tempêtes, ou savourent, dans la béatitude d'un recueillement mystique, la sérénité des ciels purs ; elles inclinent leur tête, en signe d'adieu, vers le soleil couchant; et chaque matin l'aurore, qui les verra bientôt sourire au soleil levant, les trouve pleurant encore des tristesses de la nnit. Muettes pour le vulgaire, elles partent aux organisations d'élite un langage plein de délicatesses exquises. De leur seiil s'exhale une harmonie insaisissable et pénétrante qui va vibref aii fond des cœurs. Elles exercent sur les pensées et les sentiments une influence toujours heureuse , calmant la violence des transports, adou^ cissant l'amertume des regrets, ranimant

l'espérance qui s'éteint ^ attendrissant par le bieniait des larmes la sécheresse du désespoir. Elles symbolisent à la fois les plus belles de nos vertus, les plus enivrantes de nos joies , les plus profondes de nos douleurs : elles couronnent d'un diadème sans tache la chasteté des vierges ; elles s'effeuillent, oracles complaisants, sous la main de l'amour qui doute ; elles sourient aux douces ivresses des passions heureuses; debout sur les tombeaux, elles semblent les gardiennes du souvenir. Tous les peuples en ont fait la moitié de leur poésie, quelquesuns une langue. On ne conçoit pas que les païens n'en aient pas fait une religion ; ils auraient du moins adoré, au lieu de fétiches sanguinaires et hideux , des idoles charmantes et miséricordieuses. Les fleurs ne réservent pas pour les heureux de ia terre leurs merveilles et leurs enchantements ; comme ces femmes compatissantes, anges de la charité, elles laissent tomber sur toutes les misères l'aumône de leur sourire. Jo

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