‹ MarcelChapitre 139 sur 155 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

me suis plus d'une fois arrêté à considérer des fleurs qui s'épanouissaient au niveau des toits, sur le bord de quelque étroite fenêtre , aussi généreusement que dans le parterre d'un jardin royal, et, le cœur plein d'une douce émotion, je bénissais ces hôtes de l'infortune.

Ne vous étonnez pas, mon cher Marcel, de l'enthousiasme avec lequel je vous parle des fleurs. Ma mère et moi nous les aimions passionnément. Elles étaient son luxe, le seul luxe resté fidèle à son indigence, elles étaient ma consolation. Celles que je cultivais me semblaient reconnaissantes de mes soins et sensibles à mes souffrances. Quand, fatigué d'inutiles aspirations vers un amour idéal, je succombais sous le poids de mes regrets, je croyais les entendre me dire : — Pourquoi ces irritants désirs de l'inconnu? Que manque-t-il à ton admiration? ne possèdes-tu pas de quoi assouvir ton cœur? n'as-tu pas au-dessus de toi le ciel vers lequel tu n'as qu'à lever les yeux

'^n MARCEL.

pour contempler l'image de la grandeur infinie? Ne nons vois-tn pas autour de toi, nous, les plus vifs reflets de l'infinie beauté , ne nous vois-tu pas, tous les jours, parées de nos habits de fêtes, et embaumées à la source des parfums, ne nous vois-tu pas prêtes, comme les sultanes d'un chaste harem, à te prodiguer l'enivrement des pures voluptés? — Quand j'étais en proie aux tourments de l'ambition trompée : — Allons! allons ! chasse ces sombres fantômes qu'évoque pour ton malheur ta folle imagination. Fais taire la voix de ton orgueil qui te désole en te trompant. A quoi bon la foule et le bruit? Quel est ce besoin du monde extérieur? Notre vie, à toi comme à nous, n'est point dans les autres ; elle est en nous-mêmes. L'âme de l'homme ressemble à notre calice qui ne s'ouvre nulle part mieux que dans la solitude.

Oh! oui, je les aimais bien, mes pauvres fleuris !

Il y avait surtout des roses dont je ne me

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