DEUXIÈME PARTIE
lassais pas d'admirer la beaiilé et de surveiller les progrès. L'arbuste était d'une intarissable fécondité. Depuis le commencement de l'été jusqu'à la fin de Fautomne, il était sans cesse couvert de fleurs. Un nouveau bouton germait à côté du bouton près d'éclore; celui-ci suivait de près la rose à peine écîose qui semblait à son tour attendre que la rose épanouie vînt à se faner pour prendre sa place ; et dans leurs rangs ïoujôtit'S pressés la mort ne laissait pas de vide. C'était pour moi un grand plaisir d'étudier ce renouvellement perpétuel de la vie, et j'allais chaque matin observer les révolutions amenées par la nuit.
Un jour, à mon réveil, je remarquai que la plus belle fleur du rosier avait été arrachée. Quoiqu'il ne fût séparé du chemin que par une haie d'aubépine, c'était la première déprédation qu'il eût subie. Je fus étonné, presque affligé de ce léger accident. Ma vie était tellement simple et uniforme ^tjue le moindre événement prenait pour
Mi MARCEL.
moi de l'importance. J'espérai un instant que ce serait ma m^re qui, contre notre habitude à tous deux , aurait cueilli celle rose. Mais au déjeuner je fus détrompé. J'étais désormais certain qu'il y avait un voleur. Cela m'inquiéta toute la journée. Je craignais qu'on ne se mît à attenter régulièrement à la vie de mes chères fleurs. En effet, quand j'allai le lendemain de trèsbonne heure faire ma visite, je m'aperçus que l'on venait d'arracher de nouveau la plus belle des roses que j'avais observées la veille. Pour le coup, je fus indigné. Je traitai il part moi le maraudeur de vandale et de barbare, et je résolus de mettre un terme à ses pillages, en lui donnant une sévère leçon.
Je me levai avant le jour, et j'allai me mettre en embuscade derrière la haie. Je restai assez long-temps assis par terre, sans rien entendre, sans voir personne. Je commençais à me décourager, et j'allais abandonner mon inutile faction, quand un bruit