‹ MarcelChapitre 141 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lointain vint frapper mon oreille. J'écoutai. Bientôt le bruit, en s'approchant, devint reconnaissable : c'était le pas cadencé d'un cheval au galop. Quoique ce ne fût pas un cavalier que je soupçonnasse, je me lins, à tout risque, sur mes gardes , les jarrets ployés ^ la main prête , l'œil au guet. Le cheval avançait rapidement de mon côté.

Quand il ne fut plus qu'à une très courte distance, il quitta le galop pour prendre le pas. Peu à peu il s'approcha de l'endroit où j'étais caché , et finit par s'y arrêter. Le cœur me battit vivement. H était évident que le cavalier faisait son choix. En effet, au bout d'un instant, je vis un bras s'allonger par- dessus la haie vers le rosier. Je le saisis en me levant brusquement. \]n cri de terreur et un cri de surprise se répondirent. Je venais de reconnaître dans mon prisonnier l'amazone que j'avais rencontrée quelques jours auparavant.

— Pardon, m'écriai-je en lâchant prise aussitôt, pardon, mademoiselle, de la peur

3k MAItCEL. ^

que je Vous ai faite ; si j'avais su a qui j'avnis affaire, je rto rtie serais certainement pas pas permis une pareille brutalité.

— C'est moi, monsieur, répondit-ellie eh souriant malgré son émotion, qui vous dois des excuses, et, qui plus est, une répara^ tion pour mes larcins. Vous m*avez prise en flagrant délit ; je suis obligée d'avouer une faute que mon amour pour les fleurs ne saurait justifier, et je suis prête à subir la peine que vous jugerez à propos de m'infliger.

— S'il en est ainsi, mademoiselle, répliquai-je enchanté, je vous condamne à recevoir de mamaiii, chaque matin que vous passerez ici, la plus belle fleur de mon jardin. Je ne veux plus vous laisser la peine d'en cueillir vous-mênie.

— Vous êtes vraiment trop bon, dit-elle gaiement, et de pareilles punitions, au lieu de me corriger de mon étourderie , m'engageront à commettre de nouvelles fautes.

— Eh bien! mademoiselle, repris -je,

Page 1