‹ MarcelChapitre 143 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE. U · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. U

rais mieux que tu n'eusses pas fait cette rencontre. Il y a dans ce fait, en apparence si simple, de prendre des fleurs sans le consentement du propriétaire, quelque chose d'audacieux et de cavalier qui ne me plaît pas dans une jeune fille, quelque chose même qui touche à l'égoisme et à rindélicatesse. A coup sûr, à sa place, je n'en eusse pas fait autant.

— Permettez-moi , lui répondis-je , ma chère mère, de vous dire que votre jugement me paraît bien sévère et bien peu motivé.

•'-—Tu trouves? reprit-elle en fixant sur moi un regard scrutateur qui me fit baisser les yeux. Eh bien! appelons-en à l'avenir. Je désire m'être trompée, et je suis toute disposée à reconnaître mon erreur , aussitôt qu'elle me sera démontrée. Du reste , ce que je t'ai dit ne doit pas t' empêcher de remplir l'engagement que tu as pris. Loin de là, je serai toujours la première à te conseiller de tenir ta parole.

Ma pauvre mère ! comme les beaux instincts (le son cœur la faisaient deviner juste ! Et moi cependant, au fond de l'àme , je l'accusais d'injustice.

Elle parut du reste bientôt me donner raison contre elle-même.

Exacte au rendez-vous, l'inconnue venait chaque matin recevoir le tribut que je me faisais un bonheur de lui payer. Elle rencontra ma mère, qui cherchait l'occasion de la connaître pour vérifier la justesse de ses préventions, et l'enchanta par sa grâce et sa mod(^stie. Il y avait dans toute sa personne un charme irrésistible. Ma mère s'y laissa promptement gagner, et se prit d'Une vérilabie affection pour celle qui avait d'abord été l'objet de son antipathie.

A nos courtes conversations par-dessus la haie succédèrent des entretiens plus intimes. La jeune fdle , sur l'invitation de ma mère, mettait pied à terre et entrait dans la maison pour se reposer , ou courait butiner dans le jardin. Nous l'aidions à dépouil-

Page 1