DEUXIÈME PARTIE
1er nos piates-bandes. Quelquefois même elle consentait à partager notre modeste déjeuner. Puis j'allais détacher son cheval , je lui donnais la main pour remonter en selle, et je me mettais à attendre le lendemain. J'eus bientôt de nouvelles occasions de la voir.
Elle habitait, avec son père et sa tante, qui étaient venus prendre les eaux pour raison de santé, une maison de campagne louée dans les environs. Elle était également gâtée par tous deux, et accoutumée à faire toutes ses volontés. Gomme elle avait en horreur la compagnie des domestiques , et que ses parents n'étaient ni d'âge ni de force à la suivre dans ses promenades, elle avait obtenu la permission de sortir seule à cheval.
Ayant appris que j'étais médecin, elle m'engagea à venir voir son père et à surveiller son traitement, et, comme je ne crus pas devoir me rendre à sa seule invitation, elle me fît écrire par le baron lui-même. Cette fois j'obéis avec empressement.
Le baron était un véritable grand seigneur
(l'aulrorois, fier de sa naissance, entiché de son rang, très-bienveillant du reste pour ceux qv ne cherchaient ni à lui contester ses droits ni k empiéter sur ses prérogatives, et parfaitement généreux. J'eus le bonheur de lui convenir et de lui faire agréer mes soins. Je voyais donc sa fille plusieurs fois par jour. Elle manquait rarement de venir le matin à la maison; je ne manquais jamais d'aller au château dans la journée.
Je ne tardai pas à l'aimer éperdument.
Mais, grâce à la puissance que j'exerçais sur moi-même, personne ne devina mon amour, elle exceptée. J'osai même croire qu'elle y répondait. Mais je ne recherchai pas d'explications. Je pouvais désirer, mais non espérer davantage, et, si je ne me trouvais pas complètement heureux, ma vie me semblait du moins plus belle que jamais. Je ne voulais pas penser à l'avenir, et je me contentais de jouir du présent.