DEUXIÈME PARTIE. 3fS
tant l'oreille au moindre bruit, retenant mou souffle. Elle arriva enfin. Elle avait été exacte : il était à peine neuf heures.
Mon cœur battait avec violence. Je fus quelque temps sans pouvoir parler. Elle aussi gardait le silence. Enfin, je réussis à lui raconter ce qui s'était passé, et j'ajoutai brusquement :
— Vous savez que je vous aime. Que fautil que je fasse ?
Marcel, que vous dirai-je ? Je ne me mari^^i pas.
Ici l'abbé Pascal, vaincu par les souve* nirs, s'arrêta de nouveau, comme pour reprendre ses forces. Puis il continua :
Quand j'annonçai mon refus à ma mère, elle ne me fit pas un reproche, pas une observation.
Ma conscience me parlait plus sévèrement qu'elle n'aurait pu le faire. Mais c'était en vain : j'étais engagé dans une voie fatale où je ne pouvais plus reculer.
Quelque temps après , le jeune médecin
épousa la demoiselle que j'avais refusée, et hérita aussitôt de la clientelle de son beaupère. Mon avenir et celui de ma mère étaient à moitié perdus. Elle ne s'en plaignit pas; moi je n'y voulus pas songer.
Je me donnais tout entier en proie à ma dévorante passion. Je trouvais à peine le temps de penser à autre chose. Quand un éclair venait à briller , je fermais les yeux pour ne pas le voir. Je marchais dans la vie, comme un homme ivre sur un chemin glissant. Je négligeais tous mes devoirs. Plus d'un malade, que Dieu me le pardonne ! eut à souffrir de ma préoccupation. Je semblais avoir perdu la mémoire. Souvent, au lieu de guider mon cheval vers les endroits où j'étais attendu, je le laissais errer à son gré, et je rentrais à la maison sans savoir où j'étais allé. D'autres fois j'allais m'asseoir au pied d'un arbre pour rêver à elle, ou rôder autour du château pour tâcher de la voir de loin. Je laissais passer les heures sans les compter, sans m*apercevoir seule-