DEUXIÈME PARTIE
ment de leur succession. C'était le soleil qui, en se couchant, m'avertissait de mon oubli et me donnait le signal du retour. Et, au lieu de me repentir, je me réjouissais, car le moment de vivre approchait pour moi : comme l'oiseau des ténèbres, je n'employais le jour qu'à attendre la nuit.
Pendant un mois, je goûtai un bonheur terrible. Ma conscience grondait sourdement en moi, malgré mes efforts pour étouffer sa voix, et troublait de temps en temps par de sinistres éclats l'hymne triomphant de mon amour. Mais plus l'avenir me paraissait menaçant, plus je m'enivrais du présent, et mon âme savourait avec une avidité fougueuse les joies empoisonnées de cette fête qui pouvait n'avoir pas de lendemain.
L'automne arriva et vit finir la saison des eaux.
Une nuit, Agathe m'annonça qu'elle allait retourner à Paris avec son père et sa tante. Cette nouvelle, à laquelle j'aurais pourtant
clii m'atiendrc, me Irappa d'étonnementet d'épouvante.
— Partir ! m'écriai-je consterné ; et , comme vous tout à l'heure, Marcel, j'ajoutai : Si vous partez, que deviendrai je, moi? Est-ce que je pourrai vivre séparé de vous ?
— Croyez-vous donc , me répondit-elle, que je le pourrais davantage ?
— Que faire alors?
— Moi je ne puis, sans me perdre, quitter mon père. Mais vous, vous pouvez me suivre.
— Et ma mère ?
— Il faut l'emmener avec vous. Rien ne la retient dans ce pays, et, pourvu qu'elle soit avec vous , elle sera contente.
Elle parlait comme quelqu'un à qui l'habitude de la richesse ne laisse pas supposer d'obstacles matériels. Moi je Taimais trop pour rougir devant elle de ma pauvreté. Je lui avouai sans embarras que les moyens