‹ MarcelChapitre 150 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

restai inflexible. Elle se mit à pleurer. Moi, je pleurai aussi; et, pendant quelques instants, nous ne nous répondîmes que par des sanglots. Tout à coup elle releva la tête :

— Allons ! essuyez vos larmes, me ditelle en essuyant les siennes avec une vivacité fiévreuse. J'ai trouvé un moyen.

— Lequel? demandai-je avec surprise.

— Puisque vous ne pouvez partir, je resterai.

— Rester ici! Vous y ferez donc aussi rester votre père?

— Non, Il faut un sacrifice. Vous ne voulez pas me faire celui de votre anionr-propre; eh bien! moi, je vous ferai celui de mon honneur.

Cette parole me remua jusqu'au fond du cœur.

— Pardon ! m*écriai-je en me jetant aux genoux d'Agathe. Je n'aurais pas dû me laisser donner l'exemple du courage, il m'est impossible de regretter la faiblesse à laquelle je dois une si grande preuve de

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votre amour; mais ce sera la doniif're, la seule. Mon cœur saura s'élever à la hauteur du vôtre. Rien ne me coûtera désormais pour vous témoigner h mon tour la profondeur de mon affection. Je partirai ; je vous suivrai partout, prêt à vous donner mon sang, s'il le faut. J'étais insensé quand je croyais pouvoir faire autrement; car ma vie est attachée à la vôtre.

Oh! mille fois plus insensé de prononcer de semblables paroles! N'était-ce pas la piété filiale que j'immolais sur l'autel de ma passion ?

Agathe me remercia avec effusion , et croyant que j'acceptais ses offres, me demanda de combien j'aurais besoin.

—r De rien, lui répondis-je. J'ai l'habitude du travail. Je connais Paris, et j'espère qu'il ne me sera pas plus défavorable que la province. Là bas comme ici je dois trouver des ressources dans l'exercice de mon état. Et d'ailleurs, si je me trompe, si je dois souffrir, ce que j'ai déjà fait dans

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