DEUXIÈME PARTIE. 33fî
l'intérêl de mon avenir je puis bien le faire encore dans celui de mon amour.
Elle sourit à mon projet, encouragea mes espérances, et peignit des plus riantes couleurs le douteux horizon de mon avenir.
Son père, reconnaissant de mes bons soins, et certain, par expérience, de mon habileté, ne manquerait pas de me recommander à toute sa société. Il avait des relations très-étendues et jouissait d'une grande influence. Sa protection serait pour moi aussi efficace que son patronage serait honorable. Une fois lancé dans le monde riche, je ne tarderais pas à faire fortune. Alors je pourrais me livrer presque sans réserve a ces belles études qui avaient pour moi tant de charmes, à ces grands travaux où je devais trouver la gloire. Et, quand je serais parvenu à me conquérir un grand nom et une grande position, rien ne s'opposerait plus à notre bonheur. Le baron avait trop d'esprit pour ne pas comprendre qu'à notre époque toutes les aristocraties étaient sœurs, •
et qno la naissance pouvait, sans déroger, s'allier h l'inlelligencc. D'ailleurs, conservât-il des préjugés, sa tendresse paternelle était trop forte pour ne pas les vaincre, et sa fille s'engageait à y l'aire un appel décisif.
Magicienne irrésistible, elle évoquait à la fois mon amour et mon ambition, et me les montrait se donnant la main, marchant ensemble dans la carrière, et, le but atteint, se couronnant l'une l'autre.
Ma mère n'avait pas été oubliée dans ces rêves de fëliciîé. Dès les premiers succès, je devais la f:iii o venir près de moi, et la forcer, en lui donuaiit une meilleure existence, à bénir mon heureuse audace.
Je quittai Agathe enivré plus que convaincu. En eiïet, ce ne fut pas sans un tremblement intérieur, sans de vives angoisses, que je fis part à ma mère de ma résolution et d'une partie de mes projets. Selon son habitude quand elle désapprouvait quelque chose dans ma conduite, elle garda le silence. Je lui demandai son avis.