‹ MarcelChapitre 152 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

quoique je le susse d'avance. Je voulais essayer de lui persuader ce dont je n'étais pas certain moi-même, afin de trouver, dans la conviction que j'espérais amener chez elle, de quoi fixer mes propres irrésolutions et lever mes scrupules. Je n'en pus tirer d'autre réponse que celle-ci :

— Mon cher enfant, je te vois partir avec regret ; mais il ne faut pas t'en rapporter à mon sentiment : tu es meilleur juge que moi dans cette question, et ce que tu feras sera bien fait.

Il n'y avait pas moyen de combattre une opinion si réservée, ni une volonté qui se défendait si peu. Je restai en proie à tous mes doutes, mais en même temps à tons mes désirs. L'issue ne pouvait être douteuse. La passion l'emporta.

Quelques jours après, Agathe partit. Je la suivis.

0 tristes pressentiments qui m'obsédâtes alors, pourquoi relusai-je d'écouter .votre

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voix véridique? Il était bien tard, mais il était encore temps.

Je me rappellerai toute ma vie le moment de mon départ. C'était une triste matinée d'automne : le ciel était gris, l'air brumeux et froid; le vent gémissait dans les cheminées et sifflait sous les portes.

Ma malle était faite, tous mes préparatifs étaient terminés. J'attendais la patache qui devait passer dans une demi-heure. Cette demi-heure était mortelle à passer. J'aurais voulu ne jamais partir, et je regrettais de n'être pas encore parti. Je pensais à Agathe qui s'éloignait et à ma mère qui restait. Mon choix était fait, mais j'aurais voulu que la victime désignée ne sentît pas son malheur. Je n'osais pas parler. Que dire? Je me promenais, je m'arrêtais, je m'asseyais tour à tour pour tromper le temps. Je pouvais à peine dissimuler mon agitation, que je ne pouvais calmer. Ma mère était assise dans son grand fauteuil, pâle et silencieuse comme moi. Ses mains, qu'elle tenait croi-

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