‹ MarcelChapitre 153 sur 155 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

sëes sur sa poitrine, se serraient parfois convulsivement. Quand, par hasard, ses yeux rencontraient les miens, elle s'efforçait de sourire ; mais ce sourire me faisait mi mal horrible : je voyais des larmes derrière.

Ne pouvant phis contenir mon émotion, j'allai dans le jardin. Quelques feuilles mortes tombèrent à mes pieds. C'étaient les premières qu'abattait la bise. Je trouvai là un présage funeste. Du reste , tout semblait en deuil autour de moi : les arbres s'inclinaient tristement comme pour soupirer un éternel adieu ; mes pauvres fleurs, à moitié flétries, tournaient vers moi leurs têtes découragées. Je me baissai pour cueillir un myosotis, symbole du souvenir ; il se détacha sans effort sous ma main, ne tenant plus à la racine qui était sa vie; les herbes qui l'entouraient étaient humides et sentaient le froid de la mort.

On eût dit que ma pauvre demeure s'associait tout entière dans une même douleur pour me reprocher mon abandon.

340 MAUCUl.

Je pkanai ainèrcmcnl; je picniai longtemps.

A quoi tiennent nos résolutions î Je ne serais peut-être pas parti , si ma place n'eût été arrêtée ; je n'aurais pas eu la force cle prendre ma malle et de la porter à la patache5mais, quand le conducteur vint la chercher, je n'eus pas le courage de lui dire, comme j'en avais envie, de la laisser là et de s'en aller sans moi. Je n'avais plus de volonté et, pour ainsi dire, plus de pensée.

Le conducteur parti, je restais en place, comme une machine qu'on cesse de mouvoir. Ce fut ma mère qui fut obligée de venir à moi pour me dire adieu. Je me jetai dans ses bras, et nous confondîmes nos sanglots.

La voix du conducteur vint nous tirer de notre douloureuse absorption.

— Allons! adieu, me dit ma mère en faisant un violent effort sur elle-m.ême.

— Adieu, répondis-je navré, à bientôt !

Page 1