PREMIÈRE PARTIE
mais il les lepait presque toujours baissés, comme s'il eût voulu eu voiler l'éclat et en cacher l'expression. Un observateur eût pu , en effet, y reconnaître la trace des fortes passions et l'habitude des pensées profondes.
La vie du curé répondait à son extérieur. Il se livrait avec un zèle presque fanatique aux soins de son ministère, et desservait avec une égale assiduité plusieurs communes 5 assez éloignées les unes des autres, dont se composait sa paroisse. Le temps que lui laissait l'exercice de ses fonctions était employé à cultiver son jardin ou à faire de longues promenades solitaires. Les paysans , qu'il ne cessait d'assister dans leurs misères , de soigner dans leurs maladies , de consoler dans leurs malheurs, lui portaient un vif aUachement et un religieux respect, auxquels se mélail une sorte de crainte. En
voyant ce jeune homme pâle errer lentement à travers les landes désertes, la tête baissée sur la poitrine , pu rester assis pendant des
heures entières sur le bord de la mer, les yeux fixés sur l'horizon, ils se sentaient saisis d'une inquiétude superstitieuse ^ et s'éloignaient, après avoir fait le signe de la croix. La vieille paysanne chargée de gouverner le presbytère disait dans le village qu'elle avait plusieurs fois , au milieu de la nuit , entendu le curé éclater en sanglots et se frapper la poitrine à coups redoublés. Quel sentiment l'agitait ? Était-ce le regret? Était-ce le remords? Nul ne le savait. Mais rinstinct disait à tout le monde qu'il se passait dans les profondeurs de cette âme quelque chose de mystérieux et de terrible.
Le curé, poussé vers Eugénie par une certaine sympathie de caractère, lui témoignait la même prédilection paternelle que Marcel avait trouvée chez le commandant. Celui-ci , qui prenait texte de tout pour taquiner son ami l'abbé, prétendait qu'il cherchait à embaucher Eugénie pour le compte de l'église, et qu'il voulait en faire la supérieure de quelque couvent. Il avait