PREMIÈRE PARTIE
irrégulièrement bâtie, disparaissait a moitié sous la broderie diaprée d'une multitude de plantes grimpantes qui serpentaient jusqu'à son toit de tuiles brunes. Adossée au monticule qui défend la prairie contre la violence des vents de mer, elle regardait un jardin de moyenne grandeur où les arbres, les légumes, les fruits et les fleurs vivaient en bon accord , au milieu d'un désordre charmant. Pour toute clôture, il y avait deux barrières à claire-voie perdues dans une haie vive d'aubépines et d'églantiers qui poussaient à leur guise, sans crainte de la serpe et de la symétrie.
Le fond de la haie sert à la fois aux deux rives d'intermédiaire et de transition. C'est une colline couverte de bois qui s'abaisse peu à peu de l'est à l'ouest, et au pied de laquelle serpente une petite rivière, appelée le Trégon. Sur les derniers plans s'élève en amphithéâtre un amas de pauvres cabanes, toutes semblables. Elles se composent uniquement d'un rez-de-chaussée et d'un gre-
nier, et n'ont que trois ouvertures, pour donner moins de prise au fisc, ([ui fait, comme l'on sait, payer assez cher l'air et la lumière. Le rez-de-chaussée en possède deux , qu'on ouvre et ferme tour à toiir , suivant la direction du vent, du soleil ou de la pluie . La troisième donne entrée dans le grenier, où l'on renferme toutes les provisions. Aucune de ces ouvertures , portes ou fenêtres, comme on voudra les appeler, n'affiche lé luxe étincelant des vitres : le bois, moins coûteux et plus solide, en a seul fait tous les frais.
Chaque cabane du village renferme une famille. Les hommes sont à moitié laboureurs^ à moitié pécheurs; ils passent une partie de la semaine aux champs , l'autre en mer. Les femmes , comme partout ailleurs, font tous les jours k même chose : soigner les enfants , préparer la nourriture des hommes , fabriquer et raccommoder les habits de tous , telles sont leurs constantes occupations. Quant aux enfants , jusqu'à