‹ MarcelChapitre 20 sur 155 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

l'immobilité. La mer, grise et terne comme du plomb , montait insensiblement dans la baie, sans agitation et sans bruit. Les mouettes et les goélands tournoyaient diins l'espace, en poussant des cris funèbres.

On sonna l'Angélus. Le curé s'agenouilla ; madame Hubert et les deux jeunes gens se levèrent, et chacun d'eux récita tout bas sa prière. Le commandant resta assis; mais, par politesse, il ôta sa casquette de crin et écarta pour un moment de ses lèvres le bouquin d'ambre de sa pipe turque.

Quand l'oraison fut finie , il remit sa casquette et recommença à fumer, car il jouissait à la Maison-Fleurie des mêmes privilèges que dans son Domaine. Il y eut un moment pendant lequel on n'entendit rien que la respiration bruyante de Griffon, qui soufflait de temps à autre comme un marsouin . pour se rafraîchir .

Ce fut Eugénie qui rompit la première Je silence.

^—Monsieur le curé, ne ti*ouvez- vous pas

que la cloche avait ce soir un son extraordinaire? On aurait dit qu'au lieu de l'Angelus elle sonnait les morts.

— C'est la tristesse de l'atmosphère qui attriste tout, répondit le curé.

Et il se mit à arpenter gravement le salon.

— Le fait est, dit M. Jacquin, que voilà un sacré temps. Il semble que le diable s'est logé dans mes pieds; j'aurais mieux fait de les laisser en Russie, quand ils y ont gelé. Ah! les rhumatismes, monsieur! On a bien raison de le dire : vieux soldat, vieille bête !

— Allons! allons! répondit Marcel en riant de la boutade du grognard : il faut vous secouer, mon commandant; venez avec moi.

— Et où veux-tu me mener, blanc-bec.^

— Au bord de la mer; vous monterez une faction près de mes habits, pendant que je ferai un plongeon.

— Oh ! mon cher enfant, s'écria vivement madame Hubert, ne va pas te baigner

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