PREMIÈRE PARTIE
maintenant; il y aura certainement un orage.
— Je le sais bien , ma mère ; mais rien n'éclatera avant deux grandes heures.
— C^est égal, n'y va pas, je t'en prie; je serais inquiète.
Pour toute réponse, le jeune homme embrassa la main que madame Hubert avait avancée vers lui; puis, s'asseyant à côté d'elle, il se prépara à dessiner. Le silence recommença ; tout le monde était en proie à une préoccupation indéfinissable.
Pour faire diversion à ce malaise moral dont elle subissait l'influence comme les autres, madame Hubert pria Eugénie de faire de la musique; celle-ci se mit au piano et en tira des préludes mélancoliques.
— Eugénie, dit brusquement Marcel, joue-nous donc quelque chose de plus gai. Ne vois-tu pas qu'avec ta musique d'enterrement tu attristes Griffon ?
En effet, le pauvre animal, assis dans un coin du salon , avait , dès les premières
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noies, lové la tcte et tendu le cou, et poussait (le sourds gémissements. En entendant la voix de son maître, il se tut; mais, se ravisant tout à coup , il se mit à aboyer avec violence, et s'élança en bondissant dans le jardin.
Bientôt à ses aboiements se mêlèrent les cris d'un homme. Marcel; qui avait couru après son chien, le vit de loin tenant en arrêt un domestique étranger en livrée de voyage ; celui-ci , qui s'était d'abord avancé dans le jardin avec l'aplomb d'un laquais de grande maison qui se croit partout chez lui, avait bien vite tourné les talons à la vue du terrible gardien. Mais, atteint au moment où il arrivait à la barrière , il n'avait pas eu le temps de la franchir ; et il se tenait adossé à la haie, pâle, épouvanté, poussant des clameurs désespérées en lace de son adversaire 5 qui , le poil hérissé , les dents saillantes, les jarrets plies, semblait n'attendre qu'un signe pour le dévorer.
— A bas ! Griffon ! ici ! cria Marcel d'une