‹ MarcelChapitre 22 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

voix impérieuse, tout en avançant rapidement vers la barrière.

Le chien obéit à regret, et revint lentement vers son maître, non sans jeter en arrière des regards menaçants, accompagnés de grognements sinistres.

— Paix , Griffon ! couchez là ! reprit Marcel , en se rapprochant toujours du domestique. — Vous, l'ami, n'ayez pas peur.

. — Moi, peur? répondit le laquais, qui reprit son assurance dès que le danger fut passé; c'est-à-dire que vous avez bien fait d'arriver. Autrement , j'aurais assommé cette vilaine bête.

Marcel ne put retenir un éclat de rire , .en entendant cette absurde fanfaronnade. Mais il se remit aussitôt, et demanda poliment au domestique ce qu'il voulait. Le maraud , croyant faire oublier sa poltronnerie par de l'impudence , et prenant d'ailleurs pour un paysan ce jeune homme couvert d'une grossière blouse de toile grise, lui répondit lestement :

Si

— Parbleu I l'ami, je veux voir le maire.

— Veuillez alors me suivre , monsieur , dit Marcel en appuyant sur le dernier mot pour donner au mal-appris une leçon de politesse.

Et il le conduisit dans le salon.

— Voilà, dit-il en entrant, un monsieur qui veut voir le maire.

Il prononça ces mots de manière à faire entendre qu'il les répétait exactement. Le commandant comprit parfaitement son intention , et , sans se lever, dit brusquement au domestique :

— Eh bien! que lui veux-tu, au maire, drôle ? Le voilà.

Celui-ci, qui s'attendait à trouver dans le maire encore un paysan, fut aussi étonné de la fière mine du commandant qu'étourdi de son rude accueil. Il ôta vivement sa casquette galonnée , et , après force salutations :

— Pardon , dit-il , monsieur le maire, je ne savais pas,., c'est ma maîtresse qui vou-

Page 1