PREMIÈRE PARTIE
à première vue le* commandant et lui parut merveilleusement belle. Elle était cependant à peine jolie, et n'avait aucun trait de remarquable; mais son teint était si rose, sa peau si transparente, ses cheveux si soyeux et si brillants, son regard si caressant et si tendre , sa taille à la fois si riche et si souple, sa mise si gracieuse; il y avait dans toute sa personne tant d'éclat , d'élégance et de charme, qu'il était difficile, en la voyant pour la première fois, de se défendre d'une vive émotion. M. Jacquin resta pendant plus d'une minute à la regarder sans dire mot, sans penser seulement à ôter sa casquette , aussi interloqué devant elle que le domestique l'avait été devant lui. Sans se fâcher aucunement de l'apparente impolitesse du maire, flattée peut-être, au contraire, de l'effet qu'elle produisait sur lui, la jeune dame se décida à entamer elle-même la conversation.
— Nous vous demandons mille pardons, monsieur, dit-elle avec un charmant sourire
qui laissa voir dci^x rangées de perdes, pour ^vqir osé vous déranger de la sor^e ; mais ï(o\is ^ous trouvons dans le plus grand em- |j)^rr^s, et nous n aurions su à qui nous adresser, si vous ïi'eussiez eu la bonté de venir à no^re aic^e,.
Elle s'arrêta, comme pour attendre l'effet de son préambule. Elle put voir bientôt qu'il était tout à fait couforme à ses désirs, ^^e son à la fois doux et vibrant de sa voix av^i^t agréablenient chatouillé l'oreille du commandant et achevé de le subjuguer; sentant qu'il était bien temps de donner s^gne de vie , il se hâta de saluer et répondit de son air le plus aimable :
— Je vous en prie, madame la comtesse, disposez de moi ; à quoi puis-je vous être Utile ?
Le titre de comtesse que le commandant venait, malgré sa haine pour l'aristocratie, de donner à l'étrangère, prouvait qu'il était en effet déjà prêt à tout faire pour lui être agréable.