‹ MarcelChapitre 26 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE. M · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. M

—Je VOUS remercie, monsieur, liii répondit-elle, de vos bienveillantes offres de service, et je les accepte avec empressement. Voici ce dont il s'agit : devenue, par la mort d'un parent éloigné, propriétaire de ce château qui est là en face de nous, etdesterres quî en dépendent, je suis partie de Paris avec madame la marquise de terray, ma tante..."

ici le commandant , qui n'avait pas encore paru s'apercevoir de la présence d'ùiië tierce personne, salua la vieille dame, quî lui fît une révéreiicë accompagnée d'un sourire bénin.

— Pour venir, continua la comtesse, passer l'été dans ce pays, dont on nous avait vanté l'air salubre et les mœurs paisibles ; nous comptions y prendre les bains de mer, et nous y reposer à la fois le corps et l'esprit des fatigues de la capitale. Malhèiireuseiiient , par Une impardoniiable étdurderie, j'avais oublié de prendre des renseignements sur l'état de la propriété. Figurezvous mon désappointement, monsieur,

}^i MARCEL.

lorsqu'au lieu de la maison de campagne élégante et commode que mon imagination se représentait, je suis tombée sur cet horrible vieux grand manoir désert et délabré, qui semble avoir été bâti par des géants pour loger des chauves-souris. Donc nous voilà, deux pauvres femmes seules, loin de toute ville, au milieu de chemins que j'appellerais détestables, si je ne parlais devant monsieur le maire, dans un village inconnu et qui ne connaît point d'auberges , au moment d'un orage épouvantable, et n'ayant, pour nous protéger contre la nuit , le vent, la pluie, le tonnerre et les voleurs, s'il y en a, que la capote d'une calèche. Monsieur le maire, vous êtes chargé de veiller à la sûreté des personnes qui se trouvent dans votre» commune : je vous le demande, qu'allons-nous devenir ?

Ce singulier discours, débité avec aisance et d'un ton tour à tour calme, triste et moqueur, avait enchanté M. Jacquin, qui, après en avoir écouté le commencement avec in-

térêt, en accueillit la fin avec une gaieté non déguisée.

— Non, sacrebleu! s'écria- t-il, il ne sera pas dit que la commune de Kadoré et son maire aient refusé l'hospitalité à une aussi aimable voyageuse; si, vous et madame votre tante, vous ne craignez pas de bivouaquer sous l'humble toit d'un vieux soldat, je serai heureux de mettre à votre disposition, pour cette nuit et tant qu'il vous plaira, le colombier que voici.

Et il montrait d'un geste triomphant la maison qu'il avait annoncée en termes si modestes.

— Comment donc ! répliqua la jeune dame d'un air d'admiration qui flatta au dernier point la vanité du propriétaire^ cela un colombier! Dites plutôt un château, et, à cette heure, le vrai château du village.

— Eh bien, mesdames, acceptez-vous ma proposition?

— Avec reconnaissance. Mais ne dérangerons-nous pas ?...

— Personne. Je ne suis, Dieu merci ! pas marié, et chez moi, tout le monde est content quand je suis de bonne humeur. Veuillez prendre mon bras, ma belle dame, je vais vous conduire et vous installer. Après quoi, je vous souhaiterai le bonsoir et j'irai à mon tour demander l'hospitalité au curé.

La comtesse insista vainement auprès du commandant pour le faire rester chez lui ; il avait l'amour-propre de se croire encore dangereux, malgré ses cinquante-cinq ans, et voulut absolument passer la nuit dehors pour prévenir les méchants propos. Il fallut lui céder sur ce point et le laisser donner ses ordres en conséquence. Les chevaux furent renvoyés à la poste, la voiture fut remisée, et toute la cuisine mise en mouvement pour préparer un bon souper, dont les voyageuses devaient avoir grand besoin. Après leur avoir fait explorer la maison, où tout fut trouvé charmant, le digne M. Jacquin les quitta , comblé de remercîments et d'éloges, et alla rejoindre ses amis.

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