PREMIÈRE PARTIE
— Tâchez de revenir bientôt, monsieur le curé.
-- Le plus tôt que je pourrai, mon enfant.
— Je ne sais pourquoi, mais je suis toute triste et comme effrayée de vous voir partir.
— Il le faut, ma pauvre enfant. Au revoir.
Il sortit aussitôt, et prit avec le commandant le chemin du presbytère. Pour y arriver, il fallait suivre la côte jusqu'à mi-chemin du Domaine et de la Maison-Fleurie. Là, on traversait la baie à pied, à la marée basse, ou en bateau, à la marée haute.
En ce moment, la mer commençait à peine à descendre. Les deux amis trouvèrent Marcel déjà établi avec Griffon dans la barque qui servait à porter, moyennant un sou, les passagers d'une rive à l'autre. Le paysan qui remplissait l'emploi de batelier, voyant la nuit venue , était allé se coucher, et le jeune homme s'était mis en devoir de le remplacer. Il avait déjà bordé les avirons, et, dès que ses deux compagnons se furent assis
es MARCEL.
à l'arrière, il se mit à ramer vigoureusement. Au bout (le cinq minutes, malgré la largeur de la baie et la force du courant, il aborda de l'autre côté. On monta au presbytère. Le curé donna ses instructions à la gouvernante ; le commandant commença à s'occuper de son casernement, et Marcel alla seller le cheval. Le curé vint bientôt le rejoindre devant l'écurie, attacha un petit porte-manteau derrière la selle, et enfourcha son robuste poney. Il serra la main au commandant, qui lui souhaita un bon voyage ; puis il prit avec Marcel la route du village, qu'ils ne tardèrent pas a atteindre. Tout y était endormi, excepté quelques chiens qui se mirent à aboyer en entendant les pas du cheval. Mais personne ne s'en inquiéta, pas même Griffon, qui dédaigna de leur répondre. Arrivés à un endroit où le chemin se bifurquait, les deux amis se séparèrent.
— Bon voyage, monsieur le curé, dit Marcel, et prompt retour !