PREMIÈRE PARTIE
— Au revoir, mon enfant, répondit le prêtre ; soyez heureux !
Et il s'élança au galop sur la route de Matignon. Le jeune homme reprit à pas lents celle de la Maison-Fleurie.
Il s'avançait avec nonchalance, aspirant à pleins poumons les fraîches bouffées qui traversaient l'atmosphère, savourant les parfums de la prairie mêlés aux émanations salines de la baie, écoutant le frémissement plaintif des arbres, le sifflement aigu des lianes et le murmure sourd des flots.
Bientôt il eut envie de prendre part à ce concert grandiose de la nature, et entonna d'une voix forte ce refrain des pêcheurs bretons j qui se présenta tout d'abord à sa pensée :
Pauvre marin, mon cœur contrit A vous, mon Dieu, se recommande.
Mon bateau, lasl est si petit, Seigneur, et la mer est si grande I
A peine avait-il achevé la dernière note ,
qii'vme autre voix, éclatante et pure, lui répondit du milieu de la baie, chantant YOrage de Schubert. A entendre cette mélodie subhme surgir en accents inspirés du sein des flots invisibles , on eût dit l'esprit de la mer conjurant, avant de s'endormir, la tempête qui accourait sur le char de la nuit.
Le jeune homme écouta avec ravissement cette voix qui faisait vibrer toutes les cordes de son âme. Elle ne chaulait déjà plus, qu'il l'écoutait encore. Au bout de quelques minutes , fatigué du silence , il voulut réveiller cette harmonie merveilleuse qui semblait s'être assoupie ; et, espérant qu'elle répondrait, comme la première fois, à son évocation, il se remit à chanter le refrain des pêcheurs. La voix lui répondit, en effet, mais par un cri terrible, déchirant, désespéré. Le cœur du jeune homme se serra; une sueur l'roide baigna son front; il s'arrêta, indécis et tremblant, espérai. l à peine avoir mal entendu. Un se-
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cond cri, pareil au premier, seulement un peu plus éloigné, ne lui laissa plus de doute. Il répondit par une forte acclamation, pour avertir la victime qu'on allait à son secours, et s'élança, suivi de Griffon, vers l'endroijt où il supppsajt le danger.
Quelque^ instants d'une course effrénée le fnenèr.ent au bord de la baie, et il se précipita dans les flots que l'orage commençait à agiter fortement. Son fidèle compagnon^ sans attendre son appel, y était déjà entré, et tous deux se mirent à nager de conserve vers le^ milieu de la baie. ^ r ;
,Laj,ei^ne comtesse, en ^Uendant J'hei^rp du couper, étajit descendue se promener au IpçjriJ ^j(J[e J'g^j^,. JVature romanesque et ,^vide d'éniotions, elle trouva une sorte fje joie iipiquiète à errer , au milieu des ténèbres, le long des flots tumultueux (j[,i|^ 4c- ^If^rjaif nt ^bruyapmenlj \ ses ^ieds. .Çepejndant jçlle se l^^issait pçu à peu f^sçiu^^ par cette ondulation rjégi^lière et incessante, et ne tarda pas à vouloir s'y associer. jEUe aj-
lira une barque attachée par une corde à un piquet de la rive, y posa un pied timide, le retira bien vite, l'y posa encore, jouant avec le danger , jouissant de sa frayeur , et finit par y sauter, toute joyeuse de son courage, tout étonnée de sa facile victoire. Elle tenta d'abord de se tenir debout, chancela, tomba assise sur un banc, et, riant de son malencontreux essai , se résigna sans peine à une immobilité que déplaçait sans cesse l'agitation des vagues. Long-temps elle s'abandonna au mouvement de la mer, qui la berçait, comme une nourrice, au bruit d'une chanson monotone. Les yeux demi-clos, la tête renversée, la poitrine ouverte aux fougueuses caresses du vent, elle' palpitait tout entière en proie à une ivresse mystérieuse ; et son imagination , emportée sur les ailes de l'extase , se perdait dans un tourbillon de rêveries. La voix de Marcel , en résonnant dans le lointain , senïbla donner une réalité à la fantaisie de ses songes. Le besoin de répondre à ce